‹ Morceaux choisisChapitre 16 sur 164 · APOLLON BERGER · texte numérisé non relu

APOLLON BERGER

Apollon ' indigné de ce que Jupiter s par ses foudres troublait le ciel dans les plus beaux jours, voulut s'en venger sur les Cyclopes3 qui forgeaient les foudres, et il les perça de ses flèches. Aussitôt le mont Etna4 cessa de vomir des tourbillons de flammes ; on n'entendit plus les coups des terribles marteaux qui , frappant l 'enci unie, faisaient gémir les profondes cavernes de la terre et les abîmes de la mer : le fer et l'airain, n'étant plus polis par les Cyclopes, commençaient à se rouiller. Vulcain5, furieux, sort de sa fournaise : quoique boiteux, il monte en diligence vers l'Olympe 6 : il arrive, suant et couvert d'une noire poussière, dans l'assemblée des dieux; il l'ait des plaintes amères. Jupiter s'irrite contre

1 Apollon ou Phœbus, fils de Jupiter et de Latone, frère jumeau de Diane ou la Lune, dieu du soleil el de la lumière, des arts el des lettres; c'est comme dieu delà lumière qu'il s'indigne de ce que Jupiter trouble la sérénité du ciel. D'autres disent qu'Apollon tua les Cyclopes pour venger la mort d'Esculape, dieu de la médecine, son fils, frappé de la foudre.

2 Jupiter. Voy. n° 1, V Olympe, page 1, note 5.

3 Les Cyclopes, ainsi nommés parce qu'ils n'avaient qu'un seul œil placé au milieu du front (xûfcXo; , cercle, 6b, vue), géants, fils du Ciel et de la Terre ; ils habitaient la Sicile ou Lemnos, où ils forgeaient la foudre sous les ordres de Vulcain.

4 Etna ou Gibel, célèbre volcan de la Sicile, au N.-E. , dans la province de Gajtane, haut de 5,550 mètres ; la fable y plaçait les forges de Vulcain.

5 Vulcain, dieu du feu, fils unique de Jupiter et de Junon : Jupiter indigné de sa laideur, le précipita du ciel; il tomba dans l'île de Lemnos et resta boiteux.

$ L'Olympe, voy. n° i , l'Olympe, note 2,

DE FÉNELOK 9

Apollon, le chasse du ciel, et le précipite sur la terre1. Son char vide8 faisait de lui-même son cours ordinaire, pour donner aux hommes les jours et les nuits avec le changement régulier des saisons.

Apollon, dépouillé de tous ses rayons, fut contraint de se faire beïger, et de garder les troupeaux du roi Admète 3. Il jouait de la flûte; et tous les autres bergers venaient à l'ombre des ormeaux sur le bord d'une claire fontaine écouter ses chansons. Jusque-là ils avaient mené une vie sauvage et brutale; ils ne savaient que conduire leurs brebis, les tondre, traire leur lait et faire des fromages : toute la campagne était comme un désert affreux.

Bientôt Apollon montra à tous ces bergers les arts qui peuvent rendre la vie agréable. Il chantait les fleurs dont le printemps se couronne 4, les parfums qu'il répand, et la verdure qui naît sous ses pas5. Puis il chantait les délicieuses nuits de Tété, où les zéphyrs rafraîchissent les hommes.

1 Le précipite, L'emploi du proscrit de l'indicatif au lieu du parfait, dans ces dernières phrases, donne plus de vivacité au récit. C'est un procédé ordinaire de la narration.

2 Son char vide. Fiction qui repose sur le phénomène des jours et des nuits : on sait qu'il est le résultat du mouvement diurne de rotation de la terre sur elle-même, et que la nuit est le moment où nous nous trouvons placés de telle sorte que la terre nous sépare du soleil.

3 Admète, roi de Phères en Thessalie, parent de .t'ason et l'un des Argonautes.

* Se couronne, expression figurée qui personnifie le printemps; c'est-à-dire les fleurs qui font l'ornement de cette saison.

■ yn.lt sous ses pas. Expression hyperbolique, c'est-à-dire exagérée, pour dire qu'elle naît rapidement. Sous ses put, continue la personnification du printemps.

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et où la rosée désaltère la terre. Il mêlait aussi dans ses chansons les fruits dorés 1 dont l'automne récompense les travaux des laboureurs , et le repos de l'hiver, pendant lequel la folâtre jeunesse danse auprès du feu. Enfin il représentait les forêts sombres qui couvrent les montagnes et les creux vallons, où les rivières, par mille détours, semblent se jouer2 au milieu des riantes prairies.

11 apprit ainsi aux bergers quels sont les charmes de la vie champêtre, quand on sait goûter ce que la simple nature a de gracieux.

Les bergers, avec leurs flûtes, se virent3 bientôt plus heureux que les rois ; et leurs cabanes attiraient en foule les plaisirs purs qui fuient les palais dorés4. Les jeux, les ris, les grâces, suivaient partout les innocentes bergères. Tous lés jours étaient des fêtes : on n'entendait plus que le gazouillement des oiseaux, ou la douce haleine des zéphyrs5 qui se jouaient dans les rameaux des arbres, ouïe murmure d'une onde claire qui tombait de quelque rocher, ou les chansons que les Muses6 inspiraient

1 Dorés, métaphore : les moissons couleur d'or dans leur maturité.

2 Semblent se jouer. Voir dans la Description de l'île et de la grotte de Calypso, n° 2, page 4, la même expression.

3 Se virent. Verbe explétif, au lieu de furent; il ne faut pas en abuser.

4 Dorés, est pris ici dans son sens propre.

5 Zéphyrs. Voy. n° 5, le Cortège d' Ampli i tri te, p. 7, note 2.

6 Les Muses, déesses des sciences et des arts ; la Fable les fait filles de Jupiter et de Mnémosyne, déesse de la mémoire, fiction ingénieuse qui montre l'influence de cette faculté sur l'étude. Les muses étaient au nombre de neuf : Clio muse de l'histoire, Thalie de la comédie, Melpoméne de la tragédie, Erato de l'élégie, Calliope de l'épopée, Uranie de l'Astronomie, Polymnie de l'éloquence et delà poésie lyrique, Terpsichore de la danse, et Euterpe de la musique;

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aux bergers qui suivaient Apollon. Ce dieu leur enseignait à remporter le prix de la course et à percer de flèches les daims et les cerfs. Les dieux môme ■ devinrent jaloux des bergers ; cette vie leur parut plus douce que toute leur gloire, et ils rappelèrent Apollon dans l'Olympe*. (Télémaque, 1. ii.)

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