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ÉLOQUENCE DES PERES DE L'ÉGLISE

Je ne puis me résoudre à finir cet article sans dire un mot de l'éloquence des Pères. Certaines

illyestné, expression naïve, qui montre combien les grandeurs divines sonl naturelles à J.-C.

» Saint Paul. Voyez Quelles sont les armes de l'Êgliss, page 399, note 3.

personnes éclairées ne leur font pas une exacte justice. On en juge par quelque métaphore dure de Tertullien1, par quelque période enflée de saint Cyprien2, par quelque endroit obscur de saint Ambroise3, par quelque antithèse subtile et

1 Tertullien. Voyez le Christianisme, page 367, note 1. Voici le jugement de Fénelon sur ce docteur de l'Église : « Il y a des choses très-estimables dans cet auteur; la grandeur de ses sentiments est souvent admirable : d'ailleurs il faut le lire pour certains principes sur la tradition, pour les Caits d'histoire, et pour la discipline de son temps. Mais pour son style, je n'ai garde de le défendre : il a beaucoup de pensées fausses et obscures, beaucoup de métaphores dures et entortillées. Ce qui est mauvais en lui est ce que ta plupart des lecteurs y cherchent le plus. Beaucoup de prédicateurs se gâtent par cette lecture ; l'envie de dire quelque chose de singulier les jette dans cette étude. La diction de Tertullien, qui est extraordinaire et pleine de faste, les éblouit. Il faudrait donc bien se garder d'imiter ses pensées et son style ; mais on devrait tirer de ses ouvrages ses grands sentiments et la connaissance de l'antiquité. » Dialogues sur l'Éloquence.

2 Saint Cyprien, Père de l'Eglise latine, était né à Carihage dont il fut évèque en 248. 11 souffrit le martyre sous Valérien : Fénelon dit de lui : « Quoique son style et sa diction sentent l'enflure de son temps et la dureté africaine, il a pourtant beaucoup de force et d'éloquence : on voit partout une grande âme, une âme éloquente, qui exprime ses sentiments d'une manière noble et touchante. »

3 Saint Ambroise. Voyez : Quelles sont les armes de l'Église, page 400 , note 6. « Saint Ambroise suit aussi quelquefois la mode de son temps : il donne à son discours les ornements qu'on estimait alors. Peut-être même que ces grands hommes, qui avaient des vues plus hautes que les règles communes de l'éloquence, se conformaient au goût du temps, pour faire écouter avec plaisir la parole de Dieu, et pour insinuer les vérités de la religion. Mais après tout, ne voyons-nous pas saint Ambroise, nonobstant quelque? jeux de mots, écrire à Théodose avec une force et une persuasion inimitables ? Quelle tendresse n'exprime-t-il pas

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rimée ae saini Augustin ', par quelques jeux de mots de saint Pierre Chrysologue2. Mais il faut avoir égard au goût dépravé des temps où les Pères ont vécu. Le goût commençait à se gâter ù Rome, peu de temps après celui d'Auguste. Juvénal3 a moins de délicatesse qu'Horace; Sénèque le tragique et Lucain ont une enilure 2hoquante. Rome tombait; les études d'Athènes même étaient déchues, quand sairrt Basile et saint Grégoire de Nazianzc* y allèrent. Les raffinements d'esprit avaient prévalu. Les Pères, instruits par les mau-

quaml il parle de la mort de son frère Satyre! » [Dialogues sur l Eloquence.)

1 Saint Augustin. Voyez V Existence de Dieu prouvée, etc. page 206, note 3. « Saint Augustin n'a pas été un orateur parfait; mais cela n'empêche pas qu'avec ses défauts il n'ait eu un grand talent pour la persuasion. C'est un homme qui raisonne avec une force singulière, qui est plein d'idées nobles, qui connaît le fond du cœur de l'homme, qui est poli et attentif à garder, dans tous ses discours, la plus étroite bienséance ; qui s'exprime enfin presque toujours d'une manière tendre, affectueuse et insinuante. » (Dialogues sur l'Éloquence).

8 Saini Pierre Chrysologue [xpueôs Xoyôç langage d'or). « Er. qui, nonobstant le beau nom qu'on lui a donné, il ne îaui chercher que le fond de la piété évangélique sous une infinité de mauvaises pointes. » Fénelon.

3 Juvénal, célèbre poêle satirique, contemporain de Domitien fi de Trajan, plus remarquable par l'énergie que par la pureté de son style. Il apparUentàia décadence des lettres latines. — Lucain, auteur de la Pharsale, poëme qui présente de grandes beautés, avec les défauts qui se produisaient à cette époque fsous Néron.) — Stnèque, auteur de dix tragédies qui offrent des beautés de style gâtées par l'enflure et la re cherche.

* Saint Grégoire de Nazianze. Voyez Y Existence de Dieu prouvée, etc., page 208, note 5. — Saint Basile, surnommé le grand, Père de l'Eglise grecque, né à Césarée, se lia d'une grande amitié à Athènes avec saint Grégoire et avec Julien, depuis empereur.

vais rhéteurs de leur temps, étaient entraîne s dans le préjugé universel : c'est à quoi les sages même ne résistent presque jamais. On ne croyait pas qu'il fût permis de parler d'une façon simple et naturelle. Le monde était, pour la parole, dans l'état où il serait pour les habits, si personne n'osait paraître vêtu d'une belle étoffe sans la charger de la plus épaisse broderie1. Suivant cette mode, il ne fallait point parler, il fallait déclamer. Mais, si on veut avoir la patience d'examiner les écrits des Pères, on y verra des choses d'un grand prix. Saint Cyprien a une magnanimité et une véhémence qui ressemble à celle de Démosthène. On trouve dans saint'Chrysoslome2 un jugement exquis, des images nobles, une morale sensible et aimable. Saint Augustin est tout ensemble sublime et populaire; il remonte aux

1 Broderie. Fénelon aime celte comparaison, d'ailleurs fort juste ; il loue Démosthène de « se servir de la parole comme uq honnête homme de son habit pour se couvrir. » Samt Jean Chrysostnme (bouche d'or, ypjsiç-tTÔfJ.z.) le plus éloquent des Pères de l'Eglise grecque, vécut de 544 à 407. a Son style est diffus > mais il ne cherche point de faux ornements, tout tend à la persuasion ; il place chaque chose avec dessein, il connaît bien l'Écriture sainte et les mœurs des hommes, il entre dans les cœurs, il rend les choses sensibles, il a des pensées hautes et solides, et il n'est pas sans mouvement : dans son tout , on peut dire que c'est un grand orateur. Saint Grégoire de Nazianze est plus concis et plus poétique, mais un peu moins appliqué à la persuasion. 11 a néanmoins des endroits fort touchants ; par exemple, son adieu à Constantinople, et l'éloge funèbre de saint Basile. Celui-ci est grave, sentencieux, austère même dans sa diction. Il avait profondément médité tout le détail de l'Evangile; il connaisssait à fond les maladies de l'homme, et c'est un grand maître pour le régime des âmes.» Dialogues sur l'Éloquence.

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f)lus nauts principes par les tours les plus famiiers ; il interroge, il se fait interroger, il répond : c'est une conversation entre lui et son auditeur: les comparaisons viennent à propos dissiper tous les doutes ; nous l'avons vu descendre jusqu'aux dernières grossièretés de la populace, pour la redresser. Saint Bernard1 a été un prodige dans un siècle barbare : on trouve en lui de la délicatesse, de l'élévation, du tour, de la tendresse et de la véhémence. On est étonné de tout ce qu'il y a de beau et de grand dans les Pères, quand on connaît les siècles où ils ont écrit. On pardonne à Montaigne2 des expressions gasconnes, et à Marot3 un vieux langage : pourquoi ne veut-on pas passer aux Pères l'enflure de leur temps, avec laquelle on trouverait des vérités précieuses et exprimées par les traits les plus forts? (Lettre sur les Occupations de l'Académie française.)

1 Saint Bernard, fondateur de l'ordre des Bernardins, et premier abbé de Clairvaux, né en 1091, mourut en 1153. Aussi renommé par son éloquence que par sa piété, il réconciliait les rois et les papes, et fit prendre la croix à Louisle-jeune et à Conrad 111. Il combattit les erreurs contraires à la foi.

2 Montaigne. Michel de Montaigne, philosophe français né en 1533 dans le I'érigord ; son style est remarquable par sa facilité et son heureuse naïveté.

3 Marot. Clément Marol, poëte français, né en 1495, vécul i la cour de François Ier. Boileau a dit de lui:

Imitons de Marot l'élégant badinage :

Marot. . . fit fleurir le» ballades,

Et montra pour rimer des chemins tout

AH poétique, ch. i«*

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