LE PANÉGYRIQUE
Il ne faut parler que pour instruire ; il ne faut louer un héros que pour apprendre ses vertus au peuple, que pour l'exciter à les imiter, cpe pour montrer que la gloire et la vertu sont inséparables : ainsi il faut retrancher d'un panégyrique1 toutes les louanges vagues, excessives, flatteuses, il n'y faut laisser aucune de ces pensées stériles qui ne concluent rien pour l'instruc-
1 Panégyrique. L'étymologie de ce mot [-x\>rr/vpiî), qui ■fgnifie grande assemblée, indique l'espèce de discours donl il s'agit : c'est un éloge d'apparat prononcé en public.
tion de l'auditeur; il faut que tout tende à lui faire aimer la vertu. Au contraire, la plupart des panégyristes semblent ne louer les vertus que pouv louer les hommes qui les ont pratiquées, et dont ils ont entrepris l'éloge. Faut-il louer un homme, ils élèvent les vertus qu'il a pratiquées au-dessus de toutes les autres. Mais chaque chose a >on tour : dans une autre occasion, ils déprimeront les vertus qu'ils ont élevées, en faveur de quelque autre sujet qu'ils voudront flatter. C'e-t par ce principe que je blâmerai Pline1. S'il avait loué Ira j an pour former d'autres héros semblables à celui-là, ce serait une vue digne d'un orateur. Trajan tout grand qu'il est , ne devrait pas être la fin de son discours ; Trajan ne devrait être qu'un exemple proposé aux hommes, pour les inviter à être vertueux. Quand un panégyriste n'a que cette vue basse de louer un seul homme, ce n'est plus que la flatterie qui parle à la vanité *. (Dialogues sur l'Éloquence.)