OBJET DE i/lLIADE, DE i/ODYSSEE ET DE L'ENÉIDE
Dans Ylliade, Achille est, à la vérité, le pre-
} Pline, surnommé le Jeune, pour le distinguer de Pline le naturaliste, son oncle, né à Côme vers l'an 60, élève de Quintilien, eut de grands succès au barreau, puis devint consul, et gouverna la Bithynie et le Pont; il était fort aimé de l'empereur Trajan, dont il prononça le panégyrique, le seul de ses ouvrages qui nous soit parvenu, avec le recueil de *e« lettres.
2 Le but sérieux et élevé que Fénelon propose au panégyrique a été rempli par les oraisons funèbres de Bossuet : à l'éloge du héros s'y joignent les plus hautes leçons de morale, les plus graves avertissements pour les auditeurs.
mier héros; mais sa louange n'est pas la fin principale du poëme1. Il est représenté naturellement avec tous ses défauts, ces défauts mêmes sont un des sujets sur lesquels le poëte a voulu instruire la postérité. Il s'agit, dans cet ouvrage, d'inspirer aux Grecs l'amour de la gloire que l'on acquiert dans les combats, et la crainte de la désunion, comme de l'obstacle à tous les grands succès. Ce dessein de morale est marqué visiblement dans tout ce poëme. Il est vrai que l'Odyssée représente dan? Ulysse un héros plus régulier et plus accompli ; mais c'est par hasard; c'est qu'en effet un homme dont le caractère est la sagesse, tel qu'Ulysse , a une conduite plus exacte et plus uniforme qu'un jeune homme tel qu'Achille, d'un nature! bouillant et impétueux : ainsi Homère n'a songé, dans l'un et dans l'autre, qu'à peindre fidèlement la nature. Au reste, VOdyssée renferme de tous côtés mille instructions morales pour tout le détail de la vie ; et il ne faut que lire pour voir que le poëte n'a peint un homme sage, qui vient à bout de tout par sa sagesse, que pour apprendre à la postérité les fruits que l'on doit attendre de la piété, de la prudence et des bonnes mœurs8. Virgile, dans Y Enéide, a imité VOdyssée pour le
1 La fin principale du poème. Fénelon montre dans cei poëmcs l'application du précepte qu'il vient cfétablir-
* Et des bonnes mœurs.
. . . Quid virins et quid sapientia possit.
Utile proposuit nobis exemplar L'iyssea.
Qui, do*nitor Trojae, multorum providoi urbes
lit mores liominum inspexit, latumque per aequor,
Dum sibi, dum sociis rfditum panit, aspira multa
Pertulit. adversis rerum immers ibilis midis.
Horace i. Sp. 2, v. 17-42.
caractère de son héros : il Ta fait modéré, pieux, et par conséquent égal à lui-même. Il est aisé de voir qu'Énée n'est pas son principal but ; il a regardé en ce héros le peuple romain qui en devait descendre1. Il avoulu montrer à ce peuple que son origine était divine, que les dieux lui avaient préparé de loin l'empire du monde ; et par là il a voulu exciter ce peuple à soutenir par ses vertus la gloire de sa destinée. Il ne pouvait jamais y avoir chez les païens une morale plus importante que celle-là. L'unique chose sur laquelle on peut soupçonner Virgile, est d'avoir un peu trop songé à sa fortune dans ses vers, et d'avoir fait aboutir son poëme à la louange, peut-être mi peu flatteuse, d'Auguste et de sa famille2. (Dialogues sur l'Éloquence.)