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la POÉSIE

La poésie est plus sérieuse et plus utile que le vulgaire ne le croit. La religion a consacré la

1 Qui en devait descendre. Virgile indique lui-même cet objet dès le début de l'Enéide :

Genus unde Latinum

Albanique patres, atque altae moenia Romae

Progeniem sed enim Trojano à sanguine duci Audierat, Tyrias olim quae verteret arces, Hinc populum laie regem, belloque superbum.

Tanlae molis erat Romanam condere gentem.

Enéide, i, v. 10-M — 19-21 — 33.

* D'Auguste et de sa famille. Malgré les correctifs qui adoucissent ce jugement, il ne peut être admis :l'importance de l'Enéide ne saurait être réduite à des proportions si mesquines et à un point de vue aussi é'.roit.

DE FÊNELON. 541

poésie à son usage dès l'origine du genre humain. Avant que les hommes eussent un texte d'écriture divine, les sacrés cantiques qu'ils savaient par cœur1 conservaient la mémoire de l'origine du monde, et la tradition des merveilles de Dieu. Rien n'égale la magnificence et le transport des cantiques de Moïse2; le livre de Job3 est un poème pleii; des ligures les plus hardies et les plus majestueuses; le Cantique des Cantiques exprime avec grâce et tendresse l'union mystérieuse de Dieu époux avec l'âme de l'homme qui devient son épouse; les Psaumes seront l'admiration et la consolation de tous les siècles et de tous les peuples où le vrai Dieu sera connu et senti. Toute l'Ecriture est pleine de poésie, dans les endroits même où l'on ne trouve aucune trace de versification.

D'ailleurs la poésie a donné au monde lei. premières lois : c'est elle qui a adouci les hommes farouches et sauvages*, qui les a rassemblés des

1 Qu'ils savaient par cœur. Voy. Éloquence de ï Écriture sainte, page 526, note 3.

2 De Moïse. Même observation.

3 Le livre de Job, un des livres de la Bible, qui contient le récit des malheurs de Job, personnage d'une époque incertaine, mais sans doute antérieure à Mcïse ; il se vit frappé de tous les malheurs les plus inouïs, et sa résignation fléchit la :olére de Dieu qui, après l'avoir vinsi éprouvé, le replaça au sein des félicités de ce monde. \*>* livre est un des poèmes les plus sublimes.

*■ Farouches et sauvages. Fénelon cite lui-même Horace : Silvesires honiines sacer interpresque deorum Gaedibus et victu fœdo deterruit Orpheus, Dictus ob hoc lenire tigre», rabidosque leones: Dictus et Ampliion, Thebanae condilor arcis, Saxa movere sono testudinis, et precc blanda

forêts où ils étaient épars et errants , qui les policés, qui a réglé les mœurs, qui a formé les familles et les nations, qui a fait sentir les douceurs de la société, qui a rappelé l'usage de la raison, cultivé la vertu, et inventé les beaux-arts; c'est elle qui a élevé les courages pour la guerre, et qui les a modérés pouf la paix....

La parole animée par les vives images, par les grandes figures, par Je transport des passions et par le charme de l'harmonie, fut nommée le langage des dieux ; les peuples les plus barbares mêmes n'y ont pas été insensibles. Autant on doit mépriser les mauvais poètes, autant doit-on admirer et chérir un grand poète, qui ne fait point de la poésie un jeu d'esprit pour s'attirer une raine gloire, mais qui l'emploie à transporter1 ies kommes en faveur de la sagesse, de la vertu et de la religion. (Lettre sur les Occupations de l'Académie française.)

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