‹ Morceaux choisisChapitre 48 sur 164 · LE PHILOSOPHE ET l'eSPRIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE ET l'eSPRIT RELIGIEUX

L'un aura beaucoup plus d'activité et de pénétration d'esprit que l'autre ; il paraîtra né philosophe, amateur passionné de la vérité et de la vertu, désintéressé, généreux, et uniquement occupé des plus hautes spéculations 2; mais observez-le de près, vous trouverez un homme amoureux de son esprit et de sa sagesse, qui cherche ia sagesse et la vertu pour enrichir son esprit, pour s'orner et s'élever au-dessus des autres : cet

nesTe. Prêter est peut-être en ce sens du langage familier, mais il est d'une grande exactitude.

1 Ouverture. Ce substantif est moins usité dans cette acception que l'adjectif ouvert; c'est l'opposé du mot bouché que nous avons vu plus haut : Xégh'gence des homme$ à s'instruire de la religion, page 190, note 2. — Tout ce passage est le développement des idées présentées succinctement dans le morceau précédent. Les mêmes comparaisons, les mêmes exemples s'y retrouvent; seulement dans le premier l'idée dominante était l'indifférence coupable des tommes en matière de religion ; dans celui-ci, les ressources que nous possédons pour arriver à la vérité sont plus particulièrement signalées.

2 Spéculations. Recherches, du verbe latin speculari, examiner. — De nos jours ce mot a été détourné de ce sens, ie seul naturel, pour exprimer des calculs, des entreprises hasardeuses. On dit: un spéculateur, une bonne, une mauraise spéculation; ces mots sont des barbarismes.

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amour-propre l'indispose pour la découverte de la pure vérité l; il veut prévaloir : il craint de paraître dans quelque erreur, et il s'expose d'autant plus à errer*, qu'il est jaloux de paraître n'errer jamais en rien. Au contraire, l'autre, avec beaucoup moins d'intelligence, occupe son esprit de la vérité, et non de son esprit même; il va d'une démarche simple et directe vers la vérité, sans se replier sur soi par complaisance3 ; il a une secrète disposition à se défier de soi, à sentir sa faiblesse, à vouloir être redressé *. Celui qui paraît le moins avancé l'est infiniment plus que l'autre : Dieu trouve dans l'un un fonds qui repousse son secours, et qui est indigne de la vérité . il met en l'autre cette pieuse curiosité, cette con viction de son impuissance, cette docilité salutaire qui prépare la foi. (Lettres sur la Religion.)

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