l'univers ne peut être l'ouvrage du hasard
Si j'entre dans une maison, j'y vois des fondements posés de pierre solide 5, pour rendre l'édi-
1 L'indispose pour la découverte, etc. Le dispose mal. il ne faut pas confondre ce sens a\ec l'acception familière: indisposer quelqu'un contre un autre, le prévenir contre loi.
* Errer, se tromper, moins usité au figuré que les substantifs erreur, errements.
3 5e replier sur soi. Voyez pour l'emploi de ce pronom indéfini Le Sacrifice d'idoménée. page 111, note 2.— Pat complaisance : c'est le vrai sens de ce mot, se complaire et toi-même.
* Redressé. Au figuré, remis dans la droite voie : du gret *a.$apQoXn.
5 Des fon lements posés. Du latin locare, mot consacra dans cette acception. — de pierre solide, ex.
fice durable; j'y vois des murs élevés, avec un toit qui empêche la pluie de pénétrer au dedans : je remarque, au milieu, une place vide, qu'on nomme une cour, et qui est le centre de toutes les parties de ce tout; je rencontre un escalier, dont les marches sont visiblement 1 faites pour monter; des appartements dégagés les uns des aulrespour la liberté des hommes2 qui logent dans cette maison ; des chambres avec des portes pour y entrer , des serrures et des clefs pour fermer et pour ouvrir; des fenêtres par où la lumière entre, sans que le vent puisse entrer avec elle; une cheminée pour faire du feu sans être incommodé de la fumée ; un lit pour se coucher; des chaises pour s'asseoir; une table pour manger; une écritoire pour écrire.
A la vue de toutes ces commodités 8 pratiquées avec tant d'art, je ne puis douter que la main des hommes n'ait fait tout cet arrangement. Je n'ai garde de dire que ce sont des atomes * que le
1 Visiblement, ut videtur, évidemment.
8 Dégagés les uns des autres pour la liberté, etc. Séparés par des issues particulières, de manière à ce qu'on puisse * entrer et en sortir librement, sans gêner les autres ou êlre çêné par eux.
3 Commodités. Mot plus usité dans le sens abstrait que dans celui qu'il a ici ; il est d'une grande uliîilé.
4 Des atomes. Les atomes (à privatif, et rêro/ui parf. de TÊ/ivû), couper) sont des corps solides et indivisibles. — Les Epicuriens expliquaient la création du monde par la rencontre fortuite et la cohésion de corps de celte espèce, lancés dans l'espace. « Corpora quaedam solida atque fndividua vi et gravitate ferri, mundumque effici ornatissimum ex eorum corporum concursione fortuita. (Cicéron, de Na~ turà deorum, I. n.) — Cicéron démontre en peu de moti l'absurdité de cette supposition : « Si le concours des atomes a pu faire le monde, ajoute-t-il, comment ue peut-il
hasard a assemblés. Il ne m'est pas possible de croire sérieusement que les pierres de cet édifice se sont élevées d'elles-mêmes avec tant d'ordre les unes sur les autres, comme la fable nous dépeint celles que la lyre d'Amphion * remuait à son gré, pour en former les murs de Thèbes.
Jamais aucun homme sensé ne s'avisera de dire que cette maison, avec tous ses meubles, s'est faite et arrangée d'elle-même. L'ordre, la proportion, la symétrie *, le dessein manifeste de tout l'ouvrage, ne permet point de l'attribuer à une cause aveugle, telle que le hasard.
En vain quelqu'un me viendra dire que cette maison s'est faite d'elle-même par pur hasard, et que les hommes qui y trouvent cet ordre purement fortuit, s'en servent et s'imaginent qu'il a été fait tout exprès pour leur usage. De telles pensées ne peuvent entrer dans l'esprit des hommes raisonnables. Il en est de même d'un livre tel que l'Iliade d'Homère3, ou d'une horloge, qu'on trou-
faire aujourd'hui un portique, une maison, etc.. choses bien plus faciles?»— «Quod si mundum efficere potest concursus atomorum, cur porticum , cur templum, cur domum, cur urbem non potest ? quae sunt minus operosa, et multo quidem faciliora. » (Ibid.)
1 La lyre d'Amphion. Voy. Apollon berger, page 11, note 2.
i Symétrie. Ordonnance exacte et proportionnée , (cùv, avec, et/te'r/ooy, mesure); l'étymologie voudrait deux m.
3 L'Iliade d'Homère. Homère est le plus ancien et le plus célèbre des poètes grecs. On ne sait rien de certain sur sa personne : il florissail environ 900 ans av. J.-C. Sept villes se disputaient la gloire de lui avoir donné le jour. Il devint aveugle et erra de ville en ville en mendiant son pain. Ses deux poëmes principaux sont Vlliade, inspirée parle siège de Troie, et V Odyssée, où il raconte les aventures
verait dans jsm île déserte; personne ne pourrait jamais croire que ce poëme admirable, ou que cette horloge excellente, fût un caprice du hasard: on conclurait d'abord 2 qu'un poëte sublime aurait composé ces beaux vers, et qu'un habile ouvrier aurait fait cette horloge.
En voilà assez pour notre conclusion. L'ouvrage du monde entier a cent fois plus d'art, d'ordre, de sagesse, de proportion et de symétrie, que tous les ouvrages les plus industrieux8 des hommes. C'est donc s'aveugler par obstination, que de refuser de reconnaître la main toute-puissante qui a formé l'univers. (Lettres sur la Religion.)