IL Y A UN DIEU INFINIMENT PARFAIT QUI A CRÉÉ L'UNIVERS
Il ne faut qu'ouvrir les yeux, et qu'avoir le cœur libre*, pour apercevoir sans raisonnement5 la puissance et la sagesse du Créateur, qui éclatent dans son ouvrage. Si quelque homme d'esprit conteste cette vérité, je ne disputerai point avec lui, je le prierai seulement de souffrir que je suppose qu'il se trouve par un naufrage dans une île déserte : il
d'Ulysse, après la prise de cette ville. Voyez L'Existence dt Dieu, prouvée par le spectacle de la nature, page 207v la même comparaison s'y retrouve développée.
1 Une horloge. Voy. Les principales vérités de la religion, etc., page 179, note 1.
8 D'abord. Voy. Polycrale, page 172, note 3.
3 Les plus industrieux. Qui montrent le plus d'industrie. Ce mot est assez rarement appliqué au substantif de chose.
* Le cœur libre, de toute prévention.
8 Sans raisonnement. Sans avoir besoin de raisonnement.
y aperçoit une maison d'une excellente architecture1, magnifiquement meublée; il y voit des tableaux merveilleux; il entre dans un cabinet, où un grand nombre de très-bons livres de tout genre sont rangés avec ordre; il ne découvre néanmoins aucun homme dans cette île: il ne me reste qu'à lui demander s'il peut croire que c'est le hasard, sans aucune industrie, qui a fait tout ce qu'il voit. J'ose le délier de parvenir jamais par ses efforts à se faire accroire* que l'assemblage de ces pierres, fait avec tant d'ordre et de symétrie, que les meubles qui montrent tant d'art, de proportion et d'arrangement, que les tableaux qui imitent si bien la nature , que les livres qui traitent si exactement les plus hautes sciences, sont des combinaisons purement fortuites. Cet homme d'esprit pourra trouver des subtilités8 pour soutenir dans la spéculation* un paradoxe5 si absurde; mais dans la pratique il lui sera impossible d'entrer dans aucun doute sérieux sur l'industrie qui éclate dans cette maison. S'il se vantait d'en douter, il ne ferait que démentir sa propre conscience. Cette impuissance de douter est ce qu'on nomme pleine conviction. Voilà pour ainsi dire le bout de la raison humaine : elle ne peut aller plus loin. Cette comparaison démontre quelle doit être notre convic-
// y aperçoit une maison, etc. Voyez L Univers ne peut être l'ouvrage du hasard, page 199.
2 Parvenir à se faire accroire, expression neuve : C'est d'ordinaire aux autres et non à soi-même que l'on veut faire accroire quelque chose
3 Des subtilités. Des raisons subtiles.
* Dans la spéculation. Dans le raisonnement, dans ia théorie, seulement, et non dans la réalité, dans la pratique.
5 Paradoxe. Opinion fausse (ora/sà, contre, et db|âf opinion, croyance.)
tion sur la Divinité à la vue de l'univers. Peut-on douter que ce grand ouvrage ne montre infiniment plus d'art que la maison que je viens de représenter1? La différence qu'il y a entre un philosophe et un paysan, est que le paysan suit d'abord avec simplicité tout ce qui saute aux yeux 2, au lieu que le philosophe, séduit par ses vains préjugés, emploie la subtilité de ses raisonnements à embrouiller sa raison même. Voilà la Divinité dans son point de vue8 pour tout homme sensé, attentif, sans orgueil et sans passion 4. Loin d'avoir besoin de raisonner, ii n'a que son raisonnement à craindre; il n'a pas plus besoin de méditer pour trouver son Dieu à la vue de l'univers, que pour supposer un horloger à la vue d'une horloge5, ou un architecte à la vue d'une maison. (Lettres sur la Religion.)
1 Peut-on douter que ce grand ouvrage, etc. « Si quis in domum aliquam, aut in gymnasium, aut in forum venerit ; cùm videat omnium rerum rationem,, modum, disciplinam, non possit ea sine causa 6eri judicare, sed esse aliquem intelligat, qui praesit , et cui pareatur : multo magis in tantis motionibus , tanlisque vicissiludinibus, tam multarum rerum atque tantarum ordinibus, in quibus nihil unquam immensa et infinita vetustas mentita sit, statuât necesse est ab aliqua mente tantos naturae motus gubernari. » (Cicéron, de yaturâ deorum, 1. il.)
* Tout ce qui saute aux yeux. Locution familière, tout ce qui frappe la vue, sans qu'on ait besoin d'attention pour le voir.
'3 La Divinité dans son point de vue. Gomme elle doit être envisagée.
* Sans passion. Sans prévention, en latin, studfam. Qui ne veut pas voir autre chose que ce qui est.
* Supposer un horloger, etc. Croire, à la vue d'yne horioge ou d'une maison, qu'il a dû y avoir un horloger ou on architecte pour la faire.
44. l'existence de dieu prouvée par le spectaclb de la nature.
Je ne puis ouvrir les yeux sans admirer l'art qui éclate dans toute la nature : le moindre coup d'oeil
suffit pour apercevoir la main qui fait tout
Les hommes les moins exercés au raisonnement, et les plus attachés aux préjugés sensibles1, peuvent d'un seul regard découvrir celui qui se peint dans tous ses ouvrages2. La sagesse et la puissance qu'il a marquées dans tout ce qu'il a fait le font voir comme dans un miroir à ceux qui ne peuvent îe contempler dans sa propre idée. C'est une philosophie sensible et populaire 3, dont tout homme sans passions et sans préjugés est capable*.
Si un grand nombre d'hommes d'un esprit subtil et pénétrant n'ont pas trouvé Dieu par ce coup d'oeil jeté sur toute la nature, il ne faut pas s'en étonner; les passions qui les ont agités leur ont donné des distractions continuelles, ou bien les faux préjugés qui naissent des passions ont fermé leurs yeux à ce grand spectacle. Un homme passionné pour une grande affaire qui emporterait toute l'application de son esprit, passerait plusieurs jours dans une chambre en négociation pour ses intérêts, sans regarder ni les proportions de la
1 Préjugés sensibles. Causés par le témoignage et les erreurs des sens.
* Celui qui se peint, etc. Le Créateur, Dieu.— Dans sa propre idée, mot très-juste, puisque idée, eioii, signifie image.
8 Philosophie sensible. Qui parle aux sens. Populaire. Qui est à la portée du peuple.
k Est capable. Voy. La Détique, page 72, note *.
chambre, ni les ornements de la cheminée, ni les tableaux qui seraient sans cesse devant ses yeux , et aucun d'eux ne ferait impression sur lui.
Ainsi vivent les hommes. Tout leur présente Dieu, et ils ne le voient nulle part. « Il était dans « le monde, et le monde a été fait par lui; et ce- « pendant le monde ne Ta point connu1. » Ils passent leur vie sans avoir aperçu cette représentation si sensible de la Divinité, tant la fascination du monde obscurcit leurs yeux8. Souvent même ils ne veulent pas les ouvrir, et ils ailé et en t de les tenir fermés, de peur de trouver celui qu'ils ne cherchent pas. Enfin, ce qui devrait le plus servir à leur ouvrir les yeux ne sert qu'à les leur fermer davantage, je veux dire la constance et la régularité des mouvements que la suprême sagesse a mis dans l'univers.
Saint Augustin3 dit que ces merveilles se sont avilies par leur répétition continuelle*. Cicéron parle précisément de même. A force de voir tous les jours les mêmes choses, l'esprit s'y accoutume aussi bien que les yeux 5 : il n'admire ni n'ose se
1 Saint Jean, eh. i, v. 10.
2 Tant la fascination du monde, etc. Fascinatio nugacitatis obscurat bona. {Livre de la Sagesse, ch. iv, v. 12.)
3 Saint Augustin. Le premier Père de l'Eglise latine, naquit à Tagasle, en Numidie, l'an 354 de J.-C. ; il ne reçut le baptême qu'à trente-deux ans.
* Par leur répétition continuelle. — Assiduitate vileerunt. Augustiki, in Joannem, Tract, xxiv, n° 1.
5 A force de voir, etc. Assiduitate quotidiana et consuetudine oculorum assuescunt animi , neque requirunt rationes earum rerum quas sempei \ident; perinde quasi novitas nos magis, quam magnitudo rerum, debeat ad exquirendas causas excilare. r-.cÉRON, de Naturd deorum, L h, c. 58.
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mettre °,n aucune manière en peine de chercher la cause des effets qu'il voit toujours arriver de la même sorte ; comme si c'était la nouveauté, et non pas la grandeur de la chose même qui dût nous porter à faire cette recherche.
Mais enfin, toute la nature montre Part infini de son auteur. Quand je parle d'un art, je veux dire un assemblage de moyens choisis tout exprès pour parvenir à une fin précise. C'est un ordre, un arrangement, une industrie, un dessein suivi. Le hasard est tout au contraire une cause aveugle et nécessaire, qui ne prépare, qui n'arrange, qui ne choisit rien, et qui n'a ni volonté ni intelligence. Or, je soutiens que l'univers porte le caractère d'une cause infiniment puissante et industrieuse. Je soutiens que le hasard, c'est-à-dire le concours aveugle et fortuit des causes nécessaires et privées de raison, ne peut avoir formé ce tout. C'est ici qu'il est bon de rappeler les célèbres comparaisons des anciens.
Qui croira que l'Iliade d'Homère, ce poème si parfait, n'ait jamais été composé par un effort du génie d'un grand poète, et que les caractères de l'alphabet ayant été jetés en confusion, un coup de pur hasard, comme un coup de dés, ait rassemblé toutes les lettres, précisément dans l'arrangement nécessaire pour décrire, dans des vers pleins d'harmonie et de variété, tant de grands événements; pour les placer et pour les lier si bien tous ensemble ; pour peindre chaque objet avec tout ce qu'il a de plus gracieux, de plus noble et de plus touchant; enfin, pour faire parler chaque personne, selon son caractère, d'une manière si naïve et si passionnée? Qu'on raisonne et qu'on subti-
lise tant qu'on voudra1, jamais on ne persuadera à un homme sensé que l'Iliade n'ait point d'autre auteur que le hasard. Cicéron en disait autant des Annales d'Ennius2; et il ajoutait que le hasard ne ferait jamais un seul vers, bien loin de faire tout un poëme. Pourquoi donc cet homme sensé croirait-il de l'univers, sans doute encore plus merveilleux que l'Iliade, ce que son bon sens ne lui permettra jamais de croire de ce poëme? Mais passons à une autre comparaison, qui est de saint Grégoire de Nazianze 3.
Si nous entendions dans une chambre, derrière un rideau, un instrument doux et harmonieux, croirions-nous que le hasard, sans aucune main d'homme, pourrait avoir formé cet. instrument? dirions-nous que les cordes d'un violon seraient venues d'elles-mêmes se ranger et se tendre sur un bois dont les pièces se seraient collées ensemble
1 Qu'on raisonne et qu'on subtilise, etc. Celte forme de permission équivaut à ceci : c'est en vain qu'on raisonnera, etc. — Subtiliser, recourir à des arguments subtiis et cap lieux.
2 Des Annales d'Ennius, etc. « Hoc qui exislimat fieri qoluisse (mundum effici ex atomorum fortuita concursione), non intelligo cur non idem putet, si innumerabiles unius et viginti formae litlerse, vel aureae, vel qualeslibet aliquo conjiciantur, posse ex his in terram excussis annales Knnii, ut deinceps legi possint, effici : quod nescio anne in uno quidem versu possit tantum valere fortuna. » Cicéron, de Nalurâ deorum, I. u, c. 37. — Ennius, ancien poëte latin, né 260 ans av. J.-C, auteur de tragédies, de comédies, de satires, et surtout d'un poëme célèbre intitulé. les Annales de la République. 11 ne reste d'Ennius que de* fragments.
3 De saint (r.egoire de Nazianze. (Orat. xxvm et xxxiv, n. 6, édit. Ben.) Célèbre Père de l'Eglise grecque, néprèsde Nazianze, en Cappadoce, l'an 328 de J.-C
pour former une cavité avec des ouvertures régulières? Soutiendrions-nous que l'archet, formé sans art, serait poussé par le vent pour toucher chaque corde si diversement et avec tant de justesse? Quel esprit raisonnable pourrait douter sérieusement si une main d'homme toucherait cet instrument avec tant d'harmonie? Ne s'écrieraitil pas d'abord sans examen qu'une main savante le toucherait? Ne nous lassons point de faire sentir la même vérité.
Qui trouverait1 dans une île déserte et inconnue à tous les hommes une belle statue de marbre, dirait aussitôt : Sans doute il y a eu ici autrefois des hommes; je reconnais la main d'un habile sculpteur; j'admire avec quelle délicatesse il a su proportionner tous les membres de ce corps pour leur donner tant de beauté, 4e grâce, de majesté, de vie, de tendresse, de mouvement et d'action*.
Que répondrait cet homme si quelqu'un s'avisait de lui dire : Non, un sculpteur ne fit jamais cette statue. Elle est faite, il est vrai, selon le goût le plus exquis, et dans les règles de la perfection; mais c'est le hasard tout seul qui l'a faite. Parmi tant de morceaux de marbre, il y en a eu un qui s'est formé ainsi de lui-même; les pluies et les vents l'ont détaché de la montagne ; un orage trèsviolent l'a jeté tout droit sur ce piédestal, qui s'é- *ait préparé de lui-même dans cette place : c'est un Apollon parfait comme celui du Belvédère 3 ;
* Qui trouverait, etc. Tour vif qui a un peu vieilli. — Si quelqu'un trouvait. Celui qui trouverait, etc.
8 Action. Voy. Philoclès, page 142, note 3.
8 Celui du Belvédère. Admirable statue antique ; elle porte ce nom, parce qu'elle est un des plus beaux orne-
c'est une Vénus qui égale celle de Médicis1; c'est un Hercule qui ressemble à celui de Farnèse2. Vous croiriez, il est vrai, que cette figure marche, qu'elle vit, qu'elle pense et qu'elle va parler : mais elle ne doit rien à l'art, et c'est un coup aveugle du hasard qui l'a si bien finie et placée.
Si on avait devant les yeux un beau tableau qui représentât, par exemple, le passage de la mer Rouge avec Moïse3, à la voix duquel les eaux se fendent et s'élèvent comme deux murs, pour faire passer les Israélites à pied sec au travers des abîmes, on verrait d'un côté cette multitude innombrable de peuples pleins de confiance et de joie, levant les mains au ciel ; de l'autre côté, l'on apercevrait Pharaon avec les Egyptiens, pleins de trouble et d'effroi, à la vue des vagues qui se rassembleraient pour les engloutir. En vérité, où serait l'homme qui osât dire qu'une servante barbouillant4 au hasard cette toile avec un balai, les
ments du Belvédère, pavillon du Vatican, à Rome, élevé par Bramante.
1 Celle de Médicis, que l'on admire à Florence, dans la galerie de Médecis, et ainsi nommée parce que cette ville en fut dotée par l'un des Médicis, illustres protecteurs des arts
* De Farnèse. L'un des chefs-d'œuvre de la statuaire antique ; on l'appelle ainsi parce qu'il est dû à la maison Farnèse, célèbre par la protection qu'elle donna aux arts.
3 Le passage de la mer Rouge avec Moïse. — La mer Rouge. Voy. Tyr et les Phéniciens, page 62, note 2. Voyez aussi le Lexique de M. Mac Carthy au mot Rubrum mare, dans Q. Curce, édition classique de M. Ruelle. — Moïse, chef et législateur des Hébreux, né en Egypte, l'an 1725, av. J.-C.
* Une servante barbouillant, etc., ce terme trivial, exprime fort bien ce que veut peindre l'auteur. L'emploi du participe est encore un exemple de l'ablatif absolu des Latins, comme nous en avons rencontré plusieurs.
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couleurs se seraient rangées d'elles-mêmes pour former ce vit' coloris, ces attitudes si variées, ces airs de tête si passionnés, cette belle ordonnance de figures en si grand nombre sans confusion, ces accommodements de draperies, ces distributions de lumière1, ces dégradations de couleurs2, celte exacte perspective s; enfin, tout ce que le plus beau génie d'un peintre peut rassembler?
Encore, s'il n'était question que d'un peu d'écume à la bouche d'un cheval, j'avoue, suivant l'histoire qu'on en raconte \ et que je suppose sans l'examiner 5, qu'un coup de pinceau, jeté de dépit par le peintre, pourrait, une seule fois dans la suite des siècles, la bien représenter. Mais au moins le peintre avait-il déjà choisi avec dessein les couleurs les plus propres à représenter cette écume pour les préparer au bout du pinceau. Ainsi ce n'est qu'un peu de hasard qui a achevé ce que l'art avait déjà commencé. De plus, \et ouvrage de l'art et du hasard tout ensemble n'était qu'un peu d'écume, objet confus et propre à faire honneur à un coup de hasard; objet informe,
1 Distributions de lumière. Terme de peinture. Manière d'éclairer certaines parties d'un tableau, et d'en laisser d'autres dans l'ombre.
* Dégradation de couleurs. Dégradation est pris dans son sens étymologique, des teintes graduées et nuancées.
3 Exacte perspective. Disposition des divers plans dans un ordre exact et régulier.
* Suivant l'histoire qu'on en raconte. C'est à Protogéne célèbre peintre, de Tlhodes, que ce fait arriva. 11 s'agissait d'un chien et non d'un cheval, dans un tableau fameux appelé L'Ialyse. Pline, qui raconte le fait, termine son récit en disant : Canem ita Protogenes monstravit et fortuna.
5 Que je suppose sans l'examiner. Que je veux bieD croire, sans examiner s'il est véritable.
qui ne demande qu'un peu de couleur blanchâtre échappée au pinceau, sans aucune figure précise, ni aucune correction de dessin. Quelle comparaison de cette écume avec tout un dessin d'histoire suivie, où l'imagination la plus féconde et le génie le plus hardi, étant soutenus par la science des règles, suffisent à peine pour exécuter ce qui compose un tableau excellent J !
Je ne puis me résoudre à quitter ces exemples, ^ans prier le lecteur de remarquer que les hommes les plus sensés ont naturellement une peine extrême à croire que les bêtes n'aient aucune connaissance, et qu'elles soient de pures machines. D'où vient cette répugnance invincible en tant de bons esprits? C'est qu'ils supposent avec raison que des mouvements si justes, et d'une si parfaite mécanique, ne peuvent se faire sans quelque industrie, et que la matière seule, sans art, ne peut faire ce qui marque tant de connaissance. On voit par là que la raison la plus droite conclut naturellement que la matière seule ne peut, ni par les lois simples du mouvement, ni par les coups capricieux du hasard, faire des animaux qui ne soient que des pures machines. Les philosophes mêmes qui n'attribuent aucune connaissance aux animaux, ne peuvent éviter de reconnaître que ce qu'ils supposent aveugle et sans art dans ces machines est plein de sagesse et d'art
1 Un tableau excellent. Il faut remarquer dans ce développement l'énumération des détails, la manière de mettre en relief et d'enchaîner les circonstances qui appuient l'opinion de celui qui parle, d'en déduire des conséquences; en un mot c'est un modèle de la preuve que la rhétorique appelle Y exemple.
dans le premier moteur qui en a fait les ressorts et qui en a réglé les mouvements. Ainsi les philosophes les plus opposés reconnaissent également que la matière et le hasard ne peuvent produire sans art tout ce qu'on voit dans les animaux. (Traité de l'existence de Dieu.)
4o. STRUCTURE GENERALE DE i/UNIVERS.
Arrêtons-nous d'abord au grand objet qui attire nos premiers regards, je veux dire la structure générale de l'univers.
Jetons les yeux sur cette terre qui nous porte, Regardons cette voûte immense des cieux qui nous couvre, ces abîmes d'air et d'eau qui nous environnent, et ces astres qui nous éclairent '. Un homme qui vit sans réflexion ne pense qu'aux espaces qui sont auprès de lui, ou qui ont quelque rapport à ses besoins. Il ne regarde la terre entière que comme le plancher de sa chambre, et le soleil qui l'éclairé pendant le jour, que comme la bougie qui l'éclairé pendant la nuit. Ses pensées se renferment dans le lieu étroit qu'il habite. Au contraire, l'homme accoutumé à des réflexions étend ses regards plus loin, et considère avec curiosité les abîmes presque infinis dont il est environné de toutes parts. Un vaste royaume ne lui paraît alors qu'un petit coin de terre ; la terre elle-même n'est à ses yeux qu'un point dans la masse de l'univers 2 ; et il admire de s'y voir
1 Qui nous éclairent. Toutes les parties de l'univers sont énuraérées dans ces quatre lignes.
2 Un point dans la masse de l'univers. On sait comment Socrate, pour confondre la vanité d'Alcibiade, qui s'enoi-
placé l, sans savoir comment il y a été mis,
(Traité de l'existence de Dieu.)