LE FEU
Voyez-vous ce feu qui paraît allumé dans les astres, et qui répand partout sa lumière? Voyezvous cette flamme que certaines montagnes vomi ss -nt, et que la terre nourrit de soufre dans ses entrailles9 Ce même feu demeure paisiblement caché dans les veines des cailloux 3, et il y attend à * éclater jusqu'à ce que le choc d'un autre corps l'excite pour ébranler les villes et les montagnes. L'homme a su l'allumer, et l'attacher5 à tous ses usages pour plier les plus durs métaux, et pour nourrir avec du bois, jusque dans les climats les plus glacés, nue flamme qui lui tienne lieu de soleil, quand le soleil s'éloigne de lui. Cette flamme se glisse subtilement dans toutes les semences; elle est comme l'àme dans tout ce qui vit; elle consume tout ce qui est im-
1 Tout exprès. Locution familière, comme par un dessein particulier.
8 Ponctuels. Exacts, à point nommé.
8 Dans les veines des cailloux.
Semina flammae
AbsUusa in v<».nU silicis
Virgile, Enéide, 1. vi, v. 6 et 7.
Il ysattendà éclater... Tour peu ordinaire aujourd'hoL On diraù : il attend pour, il attend avant de.
* L'attacher. Le faire servir adhibere, applicar»
pur, et renouvelle ce qu'elle a purifié. Le feu prête sa force aux hommes trop faibles; il enlève tout-à-coup les édifices et les rochers. Mais veutt-on le borner à un usage plus modéré, il réchauffe l'homme, et il cuit ses aliments. Les an ciens, admirant le feu, ont cru que c'était un trésor céleste que l'homme avait dérobé aux dieux * (Traité de l'existence de Dieu.)
Oi. LE CIEL.
Il est temps d'élever nos yeux vers le ciel. Quelle puissance a construit au-dessus de nos têtes une si vaste et si superbe voûte ? Quelle étonnante variété d'admirables objets! C'est pour nous donner un beau spectacle , qu'une main toute-puissante a mis devant nos yeux de si grands et de si éclatants objets. C'est pour nous faire admirer le ciel, ditCicéron2, que Dieu a fait l'homme autrement que le reste des animaux. Il est droit,
1 Que l'homme avait dérobé aux dieux
Audax Japeti çenus
lgnem fraude mala gentibus intulit.
Horace, Odes, 1. i, ode 3, Ed. class. de M. A. de NVailly. Prométhée, fils de Japet et de la Terre, après avoir construit un homme avec de l'argile, déroba au ciel le feu que les dieux s'étaient réservé, en anima sa statue, et le communiqua aux hommes. Pour le punir, Jupiter l'enchaîna sur le mont Caucase, où un vautour lui rongeait le foie sans cesse renaissant. Il fut délivré par Hercule.
* C'est pour nous faire admirer le ciel, ditCicéron, etc. * ...Eos (homines) humo excitatos, celsos et erectos constilait, ut deorum cognitionem,cœlum intuentes, caperepossint. Sunt enim è terra homines non ut incolae atque habitatores, sed quasi spectatorcs superarum rerum atque cœlestium.
et lève 1a tète \ pour être occupé de ce qui est audessus de lui. Tantôt nous voyons un azur sombre, où les feux les plus purs étincellent : tantôt nous voyons dans un ciel tempéré les plus douces couleurs, avec des nuances que la peinture nfe peut imiter : tantôt nous voyons 3 des nuages de toutes les figures et de toutes les couleurs les plus vives, qui changent à chaque moment cette décoration par les plus beaux accidents3 de lumière. (Traité de l'existence de Dieu.)
o2. LE SOLEIL.
La succession régulière des jours et des nuits, que fait-elle entendre * ? Le soleil ne manque jamais, depuis tant de siècles, à servir 3 les hommes qui ne peuvent se passer de lui. L'aurore,
quarum speclaculum ad nullum aliud genus animanlium peitinet. Cicéro.n, de Nalurâ deorum, 1. n, c. 56.
1 Os homini sublime dédit, cœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidéra tollere vultus.
Ovide, Métamorphoses. \. i, v. 85,36.
2 Tantôt nous voyons, etc. Celte locution répétée trois fois de suite est monotone : on désirerait qu'elle fût remplacée par un équivalent, s'il est permis de signaler quelques légères négligences.
3 Accidents de lumière. Terme de l'art des peintres : de» effets variés de lumière.
'+ Que fait-elle entendre? La réponse est suspendue pav la description du phénomène, mais elle vient plus loin... se tourneront en preuve de divinité, etc.
5 Ne manque jamais d... servir les hommes ; et plus loin: l'aurore n'a pas manqué une seule fois d'annoncer... La différence de ces deux tours est dans le sens : le second veut dire seulement : a annoncé exactement, sans y man~ quer, etc. Le premier dit plus : ne manque jamais à servir, c'est-à-dire ne manque jamais aux hommes, pour les servir-
depuis des milliers d'années, n'a pas manqué une seule fois d'annoncer le jour : elle le commence à point nomme, 1 au moment et au lieu réglé. Le soleil, dit l'Ecriture, sait où il doit se coucher chaque jour -. Par là il éclaire tour à tour les deux côtés du monde, et visite tous ceux auxquels il doit ses rayons. Le jour est le temps de la société et du travail : la nuit, enveloppant de ses ombres la terre, finit tour à tour toutes les fatigues, et adoucit toutes les peines ; elle suspend, elle calme tout ; elle répand le silence et le sommeil ; en délassant Je corps, elle renouvelle les esprits. Bientôt le jour revient pour rappeler l'homme au travail, et pour ranimer toute la nature 3.
Mais, outre ce cours si eonstant qui forme les •ours et les nuits, le soleil nous en montre un aulie, par lequel il s'approche pendant six mois «.! un DÔle \ et au bout de six mois revient avec
1 À point nomme. Yoy. L'Eau, page 223, note 3.
2 Où il doit se coucher chaque jour. — Sol cognovit oe~ tasum suum. Psaume 105, v. 19.
3 Pour ranimer toute la nature. Cette explication des jours et des nuits a été déjà donnée, mais avec moins de détails. Voy. Les Principales vérités de la Religion, elc, page 179, note 5.
* // s'approche pendant six mois d'un pôle. Le Traité de l'existence de Dieu parut en 1713. — Le système découvert par Copernic et publié en 1545, développé en 1635 par Galilée, qui expia la vérité par la perle de sa liberté et le désavœu de ses opinions, devait avoir prévalu à cette époque, et cependant Fénelon semble partager l'ancienne erreur, d'après laquelle il parle longuement; il ne présente le système du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil que sous une forme dubitative et comme une supposition. La vérité était donc encore bien faiblement établie. Un autre passage de Fénelon montre qu'il ne connaissait pas ou n'admettait pas encore le système actuel Voy. Tableau résumé des merveilles de la nature.
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îa même diligence sur ses pas pour visiter l'autre. Ce bel ordre fait qu'un seul soleil suffit pour toute la terre. S'il était plus grand dans la même distance \ il embraserait tout le monde ; la terre s'en irait en poudre 2 ; si, dans la même distance, il était moins grand, la terre serait toute glacée et inhabitable; si, dans la même grandeur 3, il était plus voisin de nous, il nous enflammerait; si, dans la même grandeur, il était plus éloigné de nous, nous ne pourrions subsister dans le globe terrestre \ faute de chaleur. Quel compas, dont le tour embrasse le ciel et la terre, a pris des mesures si justes? Cet astre ne fait pas moins de bien à la partie dont il s'éloigne pour la tempérer 5, qu'à celle dont il s'approche pour la favoriser de ses rayons: ses regards bienfaisants fertilisent tout ce qu'il voit. Ce changement fait celui des saisons, dont la variété et si agréable. Le printemps fait taire les vents glacés, montre les fleurs, et promet les fruits 6. L'été donne les riches moissons. L'automne répand les fruits promis par le printemps. L'hiver, qui est une espèce de nuit où l'homme se délasse, ne con-
1 Dans la même distance. Emploi remarquable de la pré position dans pour à, en étant à la même distance. Voy. l'Air, page 225, note 2.
- S'en irait en poudre. Serait réduite en poussière.
3 Dans la même grandeur. Ici la préposition dans a Js sens de avec.
* Dans le globe terrestre. EnBn cette même préposition équivaut maintenant à sur. Voilà trois sens différents qu'elle prend en peu de lignes.
5 La tempérer. Ne lui laisser qu'une chaleur tempérée.
6 Montre les fleurs, d promet les fruits. Concision élégante et expressive.
centre tous les trésors de la terre l, qu'afm que le printemps suivant les déploie avec toutes les grâces de la nouveauté 2. Ainsi la nature diversement parée donne tour à tour tant de beaux spectacles, qu'elle ne laisse jamais à l'homme le temps de se dégoûter de ce qu'il possède.
Mais comment est-ce que le cours du soleil peut être si régulier? Il paraît que cet astre n'est qu'an globe de flamme très-subtil, et par conséquent très-tluide. Qui est-ce qui tient cette flamme si mobile et si impétueuse dans les bornes précises d'un globe parfait? Quelle main conduit cette ilamme dans un chemin si droit, sans qu'elle s'échappe jamais d'aucun côté ? Cette flamme ne tient à rien, et il n'y a aucun corps qui pût ni la guider, ni la tenir assujettie. Elle consumerait bientôt tout corps qui la tiendrait renfermée dans son enceinte. Où va-t-elle? Qui lui a appris à tourner sans cesse et si régulièrement dans des espaces où rien ne la gène? Ne circule-t-elie pas autour de nous tout exprès pour nous servir? Que si celte flamme ne tourne pas 3, et si au contraire c'est nous qui tournons autour d'elle, je demande
1 .\e concentre tous les trésors de la terre. Dans son sein, au lieu de les répandre comme les autres saisons.
* Avec toutes les grâces de la nouveauté. L'hiver a un usage plus important que d'ajouter le piquant d*» >a nouveauté aux dons de la terre. Il est nécessaire pour les préparer par le repos, et pour exercer l'homme par une succession de travaux différent?, en même temps qu'il le repose de ceux de la culture et de la moisson, qui excéderaient peut-être ses forces.
• Que si cette flamme ne tourne pas. C'est seulement maintenant et sous forme de supposition que se produit le véritable système du mond?.
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d'où vient qu'elle est si bien placée dans le centre de l'univers, pour être comme le foyer ou le cœur de toute la nature? Je demande d'où vient que ce gîobe d'une matière si subtile ne s'échappe jamais d'aucun côté dans ces espaces immenses qui l'environnent, et où tous les corps qui sont fluides semblent devoir céder à l'impétuosité de cette flamme? Enfin je demande d'où vient que le globe de ia terre , qui est si dur, tourne si régulièrement autour de cet astre, dans des espaces où nul corps solide ne le tient assujetti pour relier son cours? Qu'on cherche tant qu'on voudra 1 dans la physique des raisons ingénieuses pour expliquer ce fait, toutes ces raisons, supposé ■ même qu'elles soient vraies, se tourneront en preuve de la Divinité. Plus le ressort qui conduit l'univers est juste, simple, constant, assuré et fécond en elfets utiles3, plus il faut qu'une mains très-puissante et très-industrieuse ait su choisir ce ressort, le plus parfait de tous. (Traité de l'existence de Dieu.)