LE SOMMEIL
A la nourriture se joint le sommeil. L'animal interrompt non-seulement tous les mouvements extérieurs, mais encore toutes les principales opérations du dedans qui pourraient agiter et dissiper trop les esprits 3. 11 ne lui reste que la respiration et la digestion, c'est-à-dire que tout mouvement qui userait ses forces est suspendu, et que tout mouvement propre à les renouveler s'exerce seul et librement. Ce repos, qui est une espèce d'enchantement 4, revient toutes les nuits, pendant que les ténèbres empêchent le travail. Qui est-ce qui a inventé cette suspension ? Qui
1 Un lei cheval. Le cheval que vous voyez, que vous connaissez. — Que de l'air et du fumier. Conclusion exacte et rigoureuse de tout ce qui vient d'être dit, quelque étonnante qu'elle paraisse.
2 77. Cela, ce composé de foin et d'avoine.
3 Les esprits. Voy. La Nourriture, page 250, note 5.
* Enchantement. Phénomène merveilleux , auquel l'animal est sujet involontairement.
est-ce qui a si bien choisi les opérations qui doivent continuer ; et qui est-ce qui a exclu avec un =i juste discernement toutes celles qui ont besoin d'être interrompues? Le lendemain toutes les fatigues passées sont comme anéanties. L'animal travaille comme s'il n'avait jamais travaillé l, et if a une vivacité qui l'invite à un travail nouveau. Par ce renouvellement, les nerfs sont toujours plein* d'esprits, les chairs sont souples, la peau demeure entière 2; quoiqu'elle dût, ce semble3, s'user, Le corps vivant de l'animal use bientôt les corps 'nanimés, même les plus solides, qui sont autour de lui ; et il ne s'use point. La peau d'un cheval use plusieurs selles. La chair d'un enfant,
Quoique si tendre et si délicate, use beaucoup 'habits pendant qu'elle se fortifie tous les jours. Si ce renouvellement était parfait, ce serait l'immortalité et le dan d'une jeunesse éternelle. Mais comme ce renouvellement n'est qu'imparfait, l'animal perd insensiblement ses forces et vieillit, parce que tout ce qui est créé doit porter la marque du néant d'où il est sorti et avoir une fin. (Traité de l'existence de Dieu.)