‹ Morceaux choisisChapitre 62 sur 164 · PHYSIQUE · texte numérisé non relu

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chameau : d'autres servent par leur force, comme les bœufs, à suppléer ce qui manque à notre force bornée; puis ce même animal devient notre aliment : d'autres, comme les brebis, nous nourrissent de leur lait, et nous vêtent de leur laine. L'homme sait dominer par force ou par industrie sur tous les animaux, et les plier à son usage. Un vermisseau, une fourmi *, un moucheron montrent cent fois plus d'art que l'horloge la plus parfaite.

La terre qui nous porte tire de son sein fécond tout ce qu'il faut pour notre nourriture; tout en sort, tout y entre, tout y renaît chaque année ;; elle ne s'use jamais. Plus vous déchirez ses entrailles, plus elle vous comble de ses largesses pour vous récompenser de votre travail. Kl le se couvre de moissons, elle se pare de verdure, elle nourrit avec l'homme les animaux qui le servent et qui le nourrissent.

Les arbres qu'elle forme sont de grands bouquets plantés dans son sein, qui l'ornent comme les cheveux ornent la tète de l'homme, (les arbres nous donnent leur ombre pour nous rafraîchir en été, et leur bois pour nous réchauffer en hiver. Leurs fruits pendants à leurs rameaux tombent dans nos mains dès qu'ils sont assez mûrs. Les plantes ont une variété infinie: elles ont toutes un ordre qui les rend uniformes jusqu'à un certain point; mais, au-delà de ce point, tout est varié,

1 Un vermisseau, une fourmi, etc. La suite des idées n'est pas très-exacte, puisque ce qui précède porte plus sur l'utilité que sur la structure des animaux : cependant comme l'une est la conséquence de l'autre, l'esprit peut suppléer lu lien des deux phrases.

et il n'v a pas deux feuilles sur uu arbre entièrement semblables1. Les fleurs qui embellissent toute la nature, promettent les fruits , et les fruits, qui couronnent Tannée, répandent l'abondance immédiatement avant la saison dont la rigueur suspend le travail. Les ruisseaux tombent des montagnes. Les rivières, après avoir arrosé les divers pays, et facilité le commerce, vont se précipiter dans la mer, qui, loin de priver les hommes de toute société, est au contraire le centre du commerce entre les nations les plus éloignées. Les ven:s qui purifient Pair et qui tempèrent les saison?, sont î"àme2 de la navigation et du commerce des nations entre elles. Si l'air était un peu plus épais, nous ne pourrions le respirer, et nous v noierions comme dans la mer. Qui est-ce qui a salai donner ce degré si juste de subtilité? Le soleil se lève et se couche pour nous faire le jour et la nuit3. Pendant qu'il nous laisse dans le repos des ténèbres, il va éclairer un autre monde qui est sous nos pieds. La terre est un globe suspendu en Pair, et cet astre tourne autour d'elle, parce qu'il lui doit ses rayons*. Non-

1 Entièrement semblables. Ce détail manquait à la description de la terre. Voy. La Terre, page 216.

8 Sont l'âme de, etc. Le sens étymologique du mot âme, anima, souffle, rend ceitc expression fort Juste ici. Du reste, cette locution l'âme de, etc., est en rapport avec celle de conspirer à, qui exprime une idée analogue. Voy. Les Astres, page 236, note 6.

S l'ovr nous faire le jour *t la nuit. Expression belle par sa simplicité.

» Cet astre tourne autour d'elle, etc. L'erreur astronomique est manifeste. Voy. Le Soleil, page 230, note i. Du reste, retourner l'idée, prêtez à la terre les mouvements attribuas bassement au soleii, et tous les résultats seront 'es mêm<->.

seulement il en fait un tour régulier qui forme les jours et les nuits, mais encore il s'approche et s'éloigne tour à tour de chaque pôle; et c'est ce qui fait tour à tour pour chaque moitié du monde I hiver et Pété. Si le soleil s'approchait un peu plus de nous, il nous enîbraserait ; s'il s'en éloignait un peu plus, il nous laisserait glacer, et notre vie serait éteinte. Qui est-cequi conduit avec tant de justesse ce flamheau de l'univers, cette flamme subtile et rapide ?

La lune, plus voisine de nous, emprunte du soleil une lumière douce, qui tempère les ombres de la nuit, et qui nous éclaire quand nous ne sommes pas libres ' d'attendre le jour. Que de commodités préparées à l'homme!

Mais que vois-je? un nombre prodigieux d'astres brillants qui sont dans le firmament comme des soleils! A quelle distance sont-ils de nous ? Quelle grandeur immense, qui confond l'imagination, et qui étonne Pespnt même! Que devenons-nous à nos propres yeux, vils atomes posés dans je ne sais quel petit coin de l'univers, quand nous considérons ces soleils innombrables ? Une main toute-puissante les a semés avec profusion, pour nous étonner par une magnificence qui ne lui coûte rien *. (Réflexions sur la Religion).

1 Quand nous ne sommes pas libres, etc. Quand nos besoins nous forcent de travailler, de marcherpendant la nuit.

* Qui ne lui coûte rien. Voy. Arrangement de lous les corps de l'univers, page 244, note 8, et Les Astres, page 234, et page 235. Comparez aussi les diverses parties de ce tableau avec chacun des morceaux qui y correspondent. Voy. La Terre, page 216, Le Soleil, page 229, etc.

65. SUPÉRIORITÉ DU CORPS DE l'hOMME SUR CELUI DE TOUS DES ANIMAUX.

Tel est le corps de l'homme l en gros. Je n'entre point dans le détail de l'anatomie 2 : car mon dessein n'est que de découvrir l'art qui est dans la nature par le simple coup-d'œil, sans aucune science. Le corps de l'homme pourrait sans doute être beaucoup plus grand et beaucoup plus petit. S'il n'avait, par exemple, qu'un pied de hauteur, il serait insulté par la plupart des animaux, qui l'écraseraient sous leurs pieds. S'ii était haut comme les plus grands clochers 3, un petit nombre d'hommes consumerait en peu de jours tous les aliments d'un pays; ils ne pourraient trouver ni chevaux, ni autres bêtes de charge qui pussent les porter, ni les traîner dans aucune machine roulante ; ils ne pourraient trouver assez de matériaux pour bâtir des maisons proportionnées à leur grandeur ; il ne pourrait y avoir qu'un petit nombre d'hommes sur la terre, et ils manqueraient de la plupart des commodités. Qui est-ce qui a réglé la taille de l'homme4 à une mesure précise?

1 Tel est le corps de l'homme. Yoy.£e Corps de l'hommet page 254.

8 L'anatomie. Branche de la médecine, qui a pour objet l'étude du corps humain ; ainsi nommée, parce qu'elle procède par la dissection, pour en étudier séparément toutes les parties [âvàre-rapa, parfait de tb/ulvo», couper).

3 Clochers. Terme de comparaison pris au hasard : tout objet d'une grande hauteur pourrait l'tro cité indifféremment.

* Qui est-ce qui a réglé le corps de l'homme, etc. On a reproché aussi au Créateur l'état de faiblesse de l'enfance, et on a demandé pourquoi l'homme ne naît pas tout formé.

DE FENELON. 263

Qui est-ce qui a réglé celle de lous les animaux avec proportion à celle de l'homme? L'homme est le seul de tons les animaux qui est droit sur ses pieds l. Par là il a une noblesse et une majesté (jui le distingue, même au dehors, de tout ce qui vit sur la terre.

Non-seulement sa figure est plus noble, mais encore il est le plus fort et le plus adroit de tous les animaux à proportion de sa grandeur. Qu'on examine de près la pesanteur et la masse de la plupart des bêles les plus terribles, on trouvera qu'elles ont plus de matière que le corps d'un homme; et cependant un homme vigoureux a plus de force de corps que la plupart de bêtes farouches : elles ne sont redoutables pour lui que par leurs dents et par leurs griffes. Mais l'homme qui n'a point dans ses membres de si fortes armes naturelles, a des mains dont la dextérité surpasse, pour se faire des armes, tout ce que la nature a donné aux bêtes. Ainsi l'homme perce de ses traits, ou fait tomber dans ses pièges, et enchaîne les animaux les plus forts et les plus furieux; il sait même les apprivoiser dans leur captivité2, et s'en jouer comme il lui plaît : il se fait flatter 3 par les lions et par les tigres; il monte sur les éléphants. (Traité de l'existence de Dieu.)

et en état de se suffire à lui-même. J.-J. Rousseau a soulevé et résolu cette question en montrant que c'est encore an effet de la sagesse du Créateur.

t Droit sur ses pieds. Voy. Le Ciel, page 228, note 1.

2 Dans leur captivité. Après les avoir faits captifs.

3 Flatter. Au propre, caresser.

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