l'âme
Mais le corps de l'homme, qui paraît le chefd'œuvre de la nature, n'est point comparable à sa pensée. Il est certain qu'il y a des corps qui ne pensent pas: on n'attribue aucune connaissance1 à la pierre, au bois, aux métaux, qui sont certainement des corps. Il est même si naturel de croire que la matière ne peut penser, que tous les hommes sans prévention ne peuvent s'empêcher de rire, quand on leur soutient que les bêtes ne sont que de pures machines, parce qu'ils ne sauraient concevoir que de pures machines puissent avoir les connaissances i qu'ils prétendent apercevoir dans les bêtes : ils trouvent que c'est faire des jeux d'enfants qui parlent avec leurs poupées3, que de vouloir donner quelque connaissance à de pures machine? , De là vient que les anciens mêmes *, qui ne connaissaient rien de réel qui ne fût un corps, voulaient néanmoins que l'àme de l'homme fût d'un cinquième élément 5, ou d'une
Connaissance. Faculté de connaître, intelligence. Sens actif dn mol.
2 Connaissancer. N 'ions acquises par la faculté de connaître. Sens passif.
3 Avec leurs poupées. Comparaison choisie à dessein, pour faire ressortir là puérilité de l'opinion dont il s'agit.
* Les anciens mêmes.., se reconnaître elle-même. « Aristoteles quintam quamdam naturam censet esse, e qua sit mens. Cogitare enim, et providere, et discere, et docere.... 'in horum quatuor generum nullo inesse putat; quintum genus adhibet, vacans nomine.CicÉRON, Tusculanarum Disputationum, lib. i, c. 10, édit. classique, de M. Berger.
5 Un cinquième élément. Autre que la terre, i'eau, i air et 2e teu.
DE FENELON. 263
espèce de quintessence sans nom ', inconnue ici bas, indivisible et immuable, toute céleste et toute divine, parce qu'ils ne pouvaient concevoir que h matière terrestre des quatre éléments pût penser et se connaître elle-même. (Traité de l'existence de Dieu.)