DE LA PENSÉE
Ce que j'appelle moi est quelque chose qui pense, qui connaît et qui ignore ; qui croit, qui
niant, et par <*onséquent en concevant la lumière du jour, qui est très-réelle et très-positive. » Fénelos, Traité de l'Existence de Dieu.
1 Dans l'expérience de sa corruption C'est-à-dire, reconnaissant que sa pensée s'égare, que sa volonté est déréglée et que par conséquent sa nature première est ainsi corrompue.
8 Les idées développées dans ce morceau et dans le suivant sont les mêmes peur le fond que celles qui ont été présentées dans L'Empire de l'âme sur le corps, et dans le Cerveau de l'homme : mais la forme beaucoup plus abstraite, et qui appartient à la métaphysique la plus élevée, les ren
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est incertain, et qui dit je vois avec certitude; qui doute, qui se trompe, qui aperçoit son erreur, et qui dit, je me suis trompé l. Ce moi esl quelque chose qui veut et qui ne veut pas; qui aime le bien et qui hait le mal ; qui a du plaisir et de la douleur; qui espère, qui craint, qui se léjouu de ce qu'il a, qui désire ce qu'il n'a pas. Ce moi est souvent irrésolu et peu d'accord avec luimême ; il change, il se repent, puis il se ripent de s'être repenti 2. Ce moi se connaît et se gouverne soi-même 3 : il a une espèce d'empire sur soi ; car je ne puis douter que je ne délibère, pour choisir entre vouloir et ne vouloir pas, comme ayant actuellement dans ma main le choix * entre ces deux partis. Quand je veux, c'est qu'il me plaît de former une telle volonté, et que je choisis de vouloir, étant maître de ne vouloir pas. Ce moi est donc ce qu'on appelle libre, c'est-à-dire maître de son propre vouloir.
Ce moi a-t-il toujours été? Où étais-je, qu'étaisje il y a cent ans? Peut-être étais-je alors un corp?, ou pour mieux dire beaucoup de petits corps épars çà el là sous diverses formes, que le
drait difficiles à saisir, si les descriptions el les comparaisons déjà vues n'y avaient préparé l'esprit du lecteur.
1 Je me suis trompé. Voy. Grandeur et faiblesse de l'esprit humain, page 277, etc.; vous retrouverez toutes ces contradictions.
2 De s'être repenti. Ce dernier trait épuise le cercle des incertitudes et des variations de l'homme.
3 Soi-même... sur soi, etc. Voy. Sacrifice d'Idoménée, page 111, note 2.
4 Ayant actuellement dans ma main le choix, etc. Celte métaphore qui représente par une image matérielle la 'liberté de choisir, est assez singulière dans un développement tout abstrait et métaphysique.
mouvement a rassemblés * pour en composer cette portion de matière sur laquelle j'ai un pouvoir singulier, qui me domine réciproquement, et que j'appelle mon corps. Mais enfin ce corps n'était pas, il y a cent ans, ni rassemblé, ni façonné comme il est aujourd'hui, avec des organes si merveilleux : alors il ne pensait point, le moi pensant n'était pas alors. Comment a-t-il commencé à penser? Comment a-t-il pu devenir, de nonpensant qu'il était jusqu'à un certain jour et jusqu'à un certain moment, ce moi qui a commencé tout-à-coup à penser, à juger 8, à vouloir? S'est-il fait lui-même? S'est-il donné la pensée qu'il n'avait pas ? et n'aurait-il pas fallu l'avoir pour se la donner, ou la prendre dans le néant ? Le néant de pensée peut-il se donner le degré d'être qui lui manque 8? Par où est-ce donc que m'est venue cette pensée, cette volonté, cette liberté que je n'avais point ? et où est-ce que j'en trouverai la source? (Lettre sur la divinité de la religion.)
1 Un corps, ou, pour mieux dire, beaucoup de petits corps, etc. Fénelon rentre à dessein dans l'hypothèse des Epicuriens, et n'arrive pas moins nécessairement à la reconnaissance d'un être supérieur, créateur de l'âme.
2 Juger. Opération de la pensée qui consiste à comparer deux objets, deux idées, et à conclure le rapport qu'il y a entre elles. — Le mot de jugement s'applique et à cette opération, et à son résultat, et à la faculté de l'esprit qui l'exécute.
3 Le degré d'être qui lui manque? C'est-à-dire la pensée, lorsqu'elle n'existe pas encore, peut-elle se donner cette existence qui lui manque ? Cercle d'absurdité évidente, puisque pour donner quoi que ce soit, il faut d'abord l'avoir, et par conséquent exister. Nemo dat quod non habel.