‹ Morceaux choisisChapitre 73 sur 164 · de la lumière divine qui éclaire l'esprit de l'homme · texte numérisé non relu

de la lumière divine qui éclaire l'esprit de l'homme

Quelle différence entre cette lumière et celle ]ui me parait éclairer les corps 1 ! C'est un jour sans nuage et sans ombre, sans nuit, et dont les rayons ne s'affaiblissent par aucune distance. C'est une lumière qui n'éclaire pas seulement les yeux ouverts et sains; elle ouvre, elle purifie, elle forme les yeux qui doivent être dignes de la voir : elle ne se répand pas seulement sur les objets, pour les rendre visibles; elle fait qu'ils sont vrais , et hors d'elle rien n'est véritable ; car c'est elle qui fait tout ce qu'elle montre : elle est tout ensemble lumière et vérité; car la vérité universelle n'a pas besoin de rayons empruntés pour luire : il ne faut point la chercher cette lumière au-dehors de soi*, chacun la trouve en soi-même; elle est la même pour tous. Elle découvre également toute chose : elle se montre à la fois à tous les hommes dans tous les coins de l'univers. Elle met au-dedansde nous ce qui est dans la distance ' la plus éloignée ; elle nous fait juger de ce qui est au-delà des mers, dans les extrémités3 de la terre, parce qui est au dedans de nous. Elle n'est point nous-mêmes ; elle n'est point à nous ; elle est infiniment au-dessus de nous : cependant elle nous est si familière et si intime, que nous Ja trouvons toujours aussi près de nous que nous-

1 Qui me paraît éclairer. Plutôt qu'elle n'éclaire véritiblement, si l'on compa-.e sa lueur incertaine et trompeuse à la lumière qui éclaire notre âme.

'- Date la distance. C'est-à-dire L la distance.

3 Dans les extrémités. Même observation.

mêmes. Nous nous accoutumons même à supposer, faute de réflexion, qu'elle n'est rien de distingué de nous1 : elle nous réconcilie souvent avec nous-mêmes; jamais elle ne tarit, jamais elle ne nous trompe, et nous ne nous trompons que faute de la consulter assez attentivement, ou en décidant avec impatience, quand elle ne décide pas.

0 vérité ! ô lumière! tous ne voient que par vous ; mais peu vous voient et vous reconnaissent. On ne voit tous les objets de la nature que par vous; et on doute si vous êtes! C'est à vos rayons qu'on discerne toutes les créatures; et on doute si vous luisez! Vous brillez en elFet dans les ténèbres; mais les ténèbres2 ne vous comprennent pas, et ne veulent pas vous comprendre, 0 douce lumière! heureux qui vous voit! heureux, dis-jet par vous 3, car vous êtes la vérité et la vie. Quironqiic ne vous voit pas çsr aveugle : c'est trop X'u, il est mort4. Donnez-moi donc des yeux pour ;ous voir, un cœur pour vous aimer. Que je vous voie, et que je ne voie plus rien 5 ! Que je vous voie, et tout est t'ait pour moi ! Je suis rassasié,

De distingué de nout. Rien de séparé, rien d'étranger à nous-mêmes. Vcy. ce même sens : Xous tenons la pensée d'an Nre supérieur, page 281, note 5

- Les ténèbres. C'est-à-dire l'homme, quand il n'esl pas rclairé par la lumière divine. Lux in tenehris lucet, et leneb~œ earn non comprehenderunt. Evangile selon Si-Jean, c. i, v. 1.

A Heureux, dis-je, par vous. Restriction : non-seulement heureux de vous voir, mais heureux par vous.

* Cest tmp peu, il est mort. C'est trop peu dire, il est mort, puisque vous êtes la vérité cl la vie.

s El que je ne voie plus rien, car rien ne mérite plus d'^lre vu, etc.

dès que vous paraissez. (Traité Je l'existence ds Dieu.)

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