DIEU 9'lHTBRESSE A TOUT CU QO*ÏL A CRÉÉ
La distance infinie qui est entre Dieu et nous ne t'empêche point d'être sans cesse tout auprès et au-dedans de nous ; et c'est même cette perfection infiniment supérieure à ia nôtre qui le met en état de faire toutes choses en nous1, et d'être plus près de nous que nous-mêmes? Comment veut-on que celui qui fait que nos yeux voient, que nos oreilles entendent, que notre esprit connaît , et que notre volonté aime, ne soit pas attentif à tout ce qu'il opère au-dedans de nous? Comment peut-il ne s'intéresser pas à ce qu'il prend soin d'y faire à tout moment? Cette attention xie coûte rien à une intelligence et à une bonté infinie. En elle tout est action, et tout est repos2. Nous voudrions imaginer un Dieu si éloigne de nous, si hautain et si indifférent dans sa hauteur, qu'il ne daigne pas veiller sur les hommes, et que chacun, sans être gêné nar ses regards, puisse vivre sans règle, au gré de son orgueil et de ses passions. En faisant semblant3 d'élever Dieu de la sorte , on le dégrade : car on en fait un Dieu indolent4 sur le bien et sur le
1 Faire toutes choses en nous. Cette expression que nous avons déjà rencontrée, signifie faire réellement et par nos organes tout ce que nous paraissons faire nous-mêmes.
2 Tout est action, cl tout est repos. Elle ne cesse point d'agir, sans que cette action interrompe son éternel repos
3 En faisant semblant. Voy. La raison et la- "érité sont universelles, page 287, note 5.
4 Indolent. « Qui non dolet. » Indifférent et vnactif : cet adjectif est plus souvent employé absolument qu'avec un régime.
mal, sur le vice et sur la vertu de ses créatures, sur Tordre et sur le désordre du monde qu'il a formé. En faisant semblant de s'abaisser soimême , on s'érige en divinité, on renverse toute subordination, on se donne toute licence, on se promet toute impunité, on veut se mettre audessus de sa raison même.
Encore une fois, comparez ces deux plans, dont l'un nous présente un Dieu sage, bon, vigilant, qui arrange, qui corrige, qui récompense, qui veut être connu , aimé, obéi -; et dont l'autre nous présente un Dieu insensible à notre conduite; qui n'est touché ni de la vertu, ni du vice, ni de la raison suivie, ni de la raison violée par ses créatures ; qui abandonne l'homme au gré de son orgueil insensé et de tous ses désirs brutaux ; qui le néglige après l'avoir fait , et qui ne se soucie d'en être ni connu, ni aimé, quoiqu'il lui ait donné de quoi le connaître et de quoi l'aimer : comparez ces deux plans , et je vous défie de ne préférer pas le premier au second3. (Lettres sur la Religion.)
De s'abaisser soi-rr.l-me. Tel est en effet le raisonnement lie ceux qai nient la Providence : il est indigne de la grandeur infinie de Dieu, disent-ils, de s'abaisser jusqu'à la créature.
2 Qui veut être... obéi. Quoique ce verbe ne prenne pas de complément direct à l'actif, il est cependant bien employé au passif:
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Racine, Iphigénie, acte rv, se. 4
3 Je vous défie de ne préférer pas, etc., expression éner- ;ique, qui équivaut à :elle-ci plus simple: je suis certain Que vous préférerez, etc.
[)E FENELOU. 347