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CARACTERES DE LA. VRAIE RELIGION. ERREUR

DE La PHILOSOPHIE PAÏENNE.

Toutes les religions qui ne se réduisent point à connaître et aimer souverainement un seul Dieu mfmiment parfait, par qui seul toutes choses sont, ne sont point des cultes dignes de ce Dieu. Donc toute religion qui renferme ou des erreurs sur ce dieu infini, ou des dérèglements de volonté contre son amour dominant, est manifestement fausse. Donc toutes les philosophies particulières, qui se contredisent les unes les autres sur le premier être, sur la tin dernière de l'homme, etc., ne sont point ce culte et ce corps de religion que nous devons trouver. Dieu n'est non plus2 l'auteur de la confusion que du mensonge. Ceux qui lui

1 Faute de, «penuria rei,» n'ayant pas la vraie religion.

8 Dieu n'est non plus... que de. Tour qui a vieilli; c'està-dire Dieu n'est pas plus l'auteur de la confusion que do mensonge.

rendent le vrai culte, ne peuvent le faire queutant qu'ils sont animés et inspirés par lui. L'esprit de Dieu n'est jamais ni variant ' ni contraire à lui-même. Ce qu'il inspire à l'un, il l'inspire à l'autre, ou du moins il ne lui inspire rien de contraire. L'esprit de vérité est donc un esprit d'unanimité, et qui fait que tous ceux que Dieu inspire pour son culte 2 pensent et veulent tous les mêmes choses pour l'essentiel 3 de ce culte. Il faut trouver cette unanimité invariable dans tous les pays et dans tous les siècles. Donc il n'y a rien de plus indigne de Dieu que la diversité des philosophes et des religions. Comment Dieu pourrait-il se tenir* honoré de ce mélange monstrueux de tant d'opinions impies dont les unes condamnent les autres avec exécration, et dont aucune ne renferme ni la véritable idée de Dieu, ni le culte intérieur d'amour qui lui est dû? Les philosophes ont disputé tant de fois les uns contre les autres5! Les uns ont mis la divinité dans le feu, les autres dans l'air, d'autres dans la machine entière de l'univers. Aucun n'a connu un être

1 Variant. Adjectif verbal d'un emploi assez rare, mais qui offre une idée plus juste que variable, qui voudrait dire 6ujet à varier, tandis que variant signifie seulement qui varie ane fois dans le moment même.

* Inspire pour son culte. Au sujet de son culte.

3 L'essentiel. Voy. Le culte extérieur, page 342, noie 1.

* Se tenir honoré. Se croire, se trouver honoré.

Mais, puisque vous voilà, je me tiens trop content Boileau. Satire 3.

8 Ont disputé tant de fois les uns contre les autres. Voyei mêmes idées développées dans Massillon , Carême, I. aussi Chateaubriand, Génie du christianisme, 1. m

infini, qui hit tout ce qu'il y a de parfait dans les autres êtres, et rien de restreint à une nature particulière ou bornée. Aucun n'a connu un être qui est essentiellement par lui, et par qu: sont tous les autres êtres qu'il a tirés du néant. Donc aucun de tous ces philosophes n'a rendu le vrai culte au vrai Dieu. Donc l'assemblage confus de toutes ces philosophies n'est qu'un amas énorme d'opinions extravagantes *, qui se combattent et se confondent réciproquement sans rien établir. Ne cherchons donc plus aucune trace de vrai culte dans cette multitude de sectes philosophiques. Nous trouverons encore moins cette unanimité invariable dans les différentes religions. Ecoutons les Grecs et les Egyptiens 2 : ils nous nommeront les douze grands dieux 3, les uns d'une façon, les autres d'une autre, comme Hérodote 4 le déclare.

1 Amas énorme d'opinions extravagantes : Énorme. Y oyei page 44 note 3.— Extravagantes, fausses et insensées, quod extra rectum vagatur.

2 Les Grecs, voyez page 196, note 5. — Les Égyptiens, voyez L'Egypte sous Sésostris, page 47, note 1.

8 Les douze grands Dieux. Les voici énumérés dans ces deux vers d'Ennius :

Juno, Vesta, Ceres, Diana, Minerva, Venus, Mars, Mercurius, Jovi', Neptunus. Volcanus, Apollo.

Ennius, apud Appui, de Deo Socratico, cap. i, p. i5.

Les Païens mettaient douze dieux particuliers au-dessus de toute la foule des divinités de bas étage ; ils les appelaient Contentes, parce qu'ils composaient le conseil de Jupiter.

Bis sex cœlestes, medio Jove, sedibus aida Augusta gravitate sedent.

Ovidi, Métam. 1. vrt v. 72, 73.

4 Hérodote, célèbre historien grec, surnommé le Père de l'histoire, né à Halicarnasse en 484 avant J.-C, et mort ec Italie à Tharium, en 406. Il a raconté l'histoire des guerres

Écoutons les Perses1 : ils diront tout autre chose; c'est le feu sous le nom de Mithra; c'est le soleil qui est la véritable Divinité. Ecoutons les Romains5 ils nous fourniront d'autres dieux inconnus à ces premiers peuples3. Les Brachmanes et les Gymnosophistes* des Indes5 nous en donneront encore d'une autre mode. Chaque pays, chaque ville prétend mettre les siens en honneur. Il n'y a que le Dieu créateur du ciel et de la terre qui n'est point connu hors de la Judée6. Des dieux

médiques, et subsidiairement celle des Perses, des Mêdes, des Egyptiens et de plusieurs autres peuples, dans neuf livres auxquels l'admiration de la Grèce antique a donné les noms des neuf muses.

1 Les Perses. Voyez page 175, note 2.

2 Les Romains. Peuple célèbre, qui tire son nom de Rome, sa capitale, ville fondée dans l'Italie par Piomulus. Il envahit l'Italie tout entière, puis l'univers connu des anciens, et son empire subsista pendant environ mille ans, depuis 753 avant j.-C. jusqu'à 476 après J.-C. , où l'Italie fut définitivement conquise par les Barbares. Rome est devenue le siège de la religion catholique, et a substitué ainsi l'empire spirituel à l'empire temporel du monde.

3 Inconnus à ces premiers peuples. Après avoir institué le culte de diverses divinités, ils allèrent dans leur polythéisme, jusqu'à élever un temple aux Dieux inconnus., de peur sans doute d'en oublier quelqu'un.

* Les Brachmanes et les Gymnosophistes. Les Brachmanes ou Brahmanes étaient prêtres de Brahma, dieu des Indiens ; les Grecs le« appelaient Gymnosophistes [yup.vàçaopioriiç) parce qu'entre autres austérités qu'ils s'imposaient dans leurs pratiques superstitieuses, on les voyait aller tout nus par le froid le plus rigoureux.

5 Les Indes. Voy. page 196, note 6.

6 Hors de la Judée. « Tout devint dieu pour l'homme, et le Dieu véritable fut îe seul que l'homme ne connût point. » Massillo*, Carême, i. —La Judée, région de la Syrie au S.-O., connue aussi sous le nom de Palestine. Le premier lui vient de !a tribu de /uda , qui y joua toujours le principal rôle.

anciens et nouveaux se présentent en foule. Partout la divinité est dégradée : on la multiplie, on la met dans les êtres les plus vils ; on lui attribue les passions les plus injustes, les plus basses, les plus infâmes1. Le culte de ces monstrueuses divinités est aussi monstrueux qu'elles. On ne connaît d'autres moyens de les apaiser en faveur des hommes les plus coupables et les plus impénitents2, que de l'encens, des hécatombes3, des mystères puérils qui couvrent des cruautés et des impuretés abominables. (Lettres sur la Religion).

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