‹ Morceaux choisisChapitre 94 sur 164 · LE LIVRE SAINT · texte numérisé non relu

LE LIVRE SAINT

Nous produisons2 le livre qui porte toutes '.es marques de la divinité, puisque c'est lui qui nous a appris à connaître et à aimer souverainement le v "ai Dieu. C'est dans ce livre que Dieu parle si bien en Dieu, quand il dit : Je suis celui qui est 3. Nui autre livre n'a peint Dieu d'une manière digne de lui. Les dieux d'Homère sont l'opprobre et la dé-

1 Voyez Chateaubriand, Génie du Christianisme, 1. :t» léfutation des objections élevées contre les livres de -Moïse. — Il ne s'agit plus ici seulement de l'Ancien Testament, mt* de la Bible tout entière, c'est-à-dire aussi du Nouveau Tef^ tament, qui renferme les livres des quatre évangélistes, les épitres de saint Paul, et l'Apocalypse.

2 yous produisons. Nous montrons : c'est le sens premier du mot producere, mettre au jour, montrer.

3 Je suis celui qui ett. «Ego sum oui sum. » Citation de Écriture.

rision de la divinité l. Le livre que nous avons en main, après avoir montré Dieu tel qu'il est, nous enseigne le seul culte digne de lui. Il ne s'agit point de l'apaiser par le sang des victimes; il faut J l'aimer plus que soi ; il faut ne s'aimer plus que pour lui, et que de son amour; il faut se renoncer2 pour lui, et préférer sa volonté à la nôtre; il faut que son amour opère en nous toutes les vertus, et n'y souffre aucun vice. C'est ce renversement total du cœur de l'homme que l'homme n'aurait jamais pu imaginer : il n'aurait jamais inventé une telle religion, qui ne lui laisse pas moine sa pensée et son vouloir, et qui le fait être tout à autrui. Lors môme qu'on lui propose cette religion avec la plus suprême autorité, son esprit ne peut la concevoir, sa volonté se révolte, et tout son fond est irrité. Il ne faut pas> s'en étonner puisqu'il s'agit de démonter * tout l'homme, de dégrader le moi, de hriser cette idole, de former un homme nouveau, et de mettre Dieu en la place du moi, pour en faire la source et le centre de tout notre amour. Toutes les fois que l'homme inventera une religion, il la fera bien différente, l'amour-propre la dictera; il la fera toute pour lui : et celle-ci ne lui laisse rien. Celle-ci est néanmoins si juste, que ce qui nous soulève le plus contre elle est précisément ce qui doit le plus nous convaincre de sa vérité. Dieu tout *, à qui

1 L'opprobre et la dérision de la Divinité. Voy. le Paganisme, page 553, noies 2, 3, 4, etc.

8 Se renoncer. Renoncer à soi-même.

3 Démonter, renverser, changer tout l'homme.

* Dieu tout. Ellipse du verbe est, qui rend la phrase plus précise et plus absolue.

tout est dû; et la créature rien, à qui rien ne croît demeurer qu'en Dieu et pour Dieu. Toute religion qui ne va pas jusque-là est indigne de Dieu, ne redresse 1 point l'homme, et porte un caractère de fausseté tout manifeste. Il n'y a sur la terre qu'un seul livre original s qui fasse consister la religion à aimer Dieu plus que soi, et à se renoncer pour lui : les autres qui répètent cette grande vérité l'ont tirée de celui-ci. Toute vérité nous est enseignée dans cette vérité fondamentale. Le livre qui a fait connaître ainsi au monde Je tout de Dieu3, le rien de l'homme, avec le culte de l'amour, ne peut être que divin. Ou il n'y a aucune religion, ou celle-là est la seule véritable. De plus, ce livre, si divin par sa doctrine, est plein de prophéties dont l'accomplissement saute aux yeux* du monde entier, comme la réprobation du peuple Juif, et la vocation 5 des peuples idolâtres au culte du vrai Dieu par le Messie6. Dailleurs, ce livre est autorisé par des miracles innombrables, faits au grand jour, en divers siècles, à la vue des plus

1 Ne redresse point l'homme. Ne le corrige pas, de manière à le mettre dans son état juste et droit. Voyez Le culte extérieur, page 340, note 4.

* Original. Qui n'est ni copié ni imité d'aucun autre, qui est lui-même l'origine des autres.

8 Le tout de Dieu, le rien de Vhomme. L'immensité de Dieu et le néant de l'homme. Ces deux mots sont moins usités et disent plus.

* Saute aux yeux. Voy. le culte extérieur, p. 341, n. 5.

5 La vocation, etc. Ils ont été appelés {vocati) au culte de Dieu par ce Messie. — Idolâtres, qui adorent de vainei images. ( sWos — xxTpeùu. )

6 Le Messie, de l'hébreu messiah, oint, en grec xpiezos (xpioi, oindre), nom sous lequel les prophètes désignent le fils de Dieu, libérateur du genre humain. Les Juifs refusent •e caractère à J.-C, et attendent encore le Messie.

grands ennemis de la religion. Enfin, ce livre a fait tout ce qu'il a dit ; il a changé la face du monde ; il a peuplé les déserts de solitaires qui ont été des anges dans des corps mortels1; il a fait fleurir jusque dans le monde le plus impie et le plus corrompu les vertus les plus pénibles et les plus aimables2; il a persuadé à l'homme idolâtre 8 de soi de se compter pour rien, et d'aimer seulement un être invisible. Un tel livre doit être lu4, comme s'il était descendu du ciel sur la terre. (Lettres sur la Religion.)

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