‹ Morceaux choisisChapitre 96 sur 164 · DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST ET DE SA RELIGION · texte numérisé non relu

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST ET DE SA RELIGION

Tout se soutient * en J.-C; ses mœurs répondent à sa morale. Ce divin législateur ne se contente pas de donner aux hommes les préceptes nus et secs 3 d'une morale sublime. Il la pratique luimême, et nous met devant les yeux l'exemple d'une vertu accomplie, qui n'a rien et qui ne prétend rien sur la terre.

Toute sa vie n'est qu'un tissu * de souffrances, une adoration perpétuelle, un anéantissement profond devant l'Être Suprême, une soumission sans bornes à la volonté divine, et un amour infini de l'ordre. 11 meurt enfin comme abandonné de Dieu et des hommes, pour montrer que la vertu parfaite, soutenue par le seul amour de la justice, peut demeurer iidèle au milieu des plus terribles peines, sans aucune ombre de délectation sensible 5, soit céleste, soit terrestre. Voit-on

i Tertullien, docteur de l'Eglise, né vers l'an 160 de J.-C, à Carlhage ; d'abord païen, il se convertit au christianisme à la vue du courage des martyrs. Il mourut en 241. On l'a surnommé le Bossuet de l'Afrique, à cause de l'éclat et de l'énergie de son style.

* Tout se soutient. Toutes les parties sont d'accord, e* servent d'appui l'une à l'autre.

3 Nus et secs : Sans y joindre l'exemple qui apprend à pratiquer ce't? morale.

* Un tisiu de souffrances. Une suite de souffrances continues.

5 Sans aucune ombre de délectation sensible, etc. Sans

partout ailleurs un semblable législateur, ou une telle loi?

L'établissement d'une telle religion parmi les hommes est le plus grand de tous les miracles. Malgré toute la puissance romaine, malgré les passions, les intérêts, les préjugés de tant de nations, de tant de philosophies, de tant de religions différentes, douze pauvres pêcheurs, sans art, sans éloquence, sans force, répandent partout leur doctrine. Malgré une persécution de trois siècles, qui semble devoir l'éteindre à tout moment; malgré le martyre 1 perpétuel d'un nombre innombrable 2 de personnes de toutes les conditions, de tous les sexes, de tous les pays, la vérité triomphe enfin de l'erreur, selon les prédictions de l'ancienne et de la nouvelle loi. Qu'on me montre quelque autre religion qui ait ces marques visibles d'une divinité qui la protège. Qu'un conquérant3 établisse par les armes la croyance d'une religion qui flatte les sens; qu'un sage législateur se fasse écouter et respecter par l'utilité de ses lois ; qu'une secte, accréditée et soutenue par la puissance civile \ abuse de la crédu-

aucune apparence de consolation, de soulagement que l'on puisse apercevoir.

1 Le martyre. On appelle martyrs, les hommes qui moururent pour témoigner {/tstpruptlv) de la vérité de la religion. — Le même nom s'applique à la mort qu'ils ont soufferte, et par extension ce mot affaibli est devenu synonyme de souffrances, peines physiques, ou même morales.

2 Nombre innombrable. Rapprochement désagréable, qu'il était foche d'éviter: une foule innombrable.

3 Qu'un conquérant, etc. Mahomet, voy. Le Christianisme, page 565, note 5.

* Qu'une secte, etc. Fénelon désigne ici le protestantisme.

h té du peuple : tout cela est possible. Mais que pouvaient avoir vu les nations victorieuses, savantes et incrédules1, pour se rendre si promptement à Jésus-Christ, qui ne leur promettait rien dans ce monde que persécutions et souffrances; qui leur proposait la croyance de mystères qui révoltent a l'esprit humain, et la pratique d'une morale qui sacrifie toutes nos passions les plus favorites3; en un mot une foi et un culte qui désespèrent tout ensemble notre raison et noire amour-propre? « N'est-ce pas un miracle plus grand et plus in- (( croyable que ceux qu'on ne veut pas croire, « d'avoir converti le monde à une semblable rec< ligion, sans miracles*?» (Entretiens sur la Religion. )

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