‹ Morceaux choisisChapitre 97 sur 164 · MIRACLES DE JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

MIRACLES DE JESUS-CHRIST

Les miracles de Jésus-Christ n'ont pas été faits dans un coin 5, dans les retraites impénétrables,

— Soutenue par la puissance civile, c'est-à-dire par le gouvernement de l'Etat, comme l'est, en Angleterre et dans .a plus grande partie de l'Allemagne, la religion que l'on appelle réformée.

1 Victorieuses, savantes et incrédules. Ces trois mots résument tous les obstacles presque invincibles qui s'opposaient à l'établissement du christianisme de la part des peuples ; la suite y joint ceux qu'il portait avec lui-même.

2 Révoltent. L'emploi de ce verbe à l'actif est plutôt du langage familier que du style élevé. On dirait « qui excitent la révolte de l'esprit. »

3 Favorites. Qui nous sont les plus chères. Mot également familier.

* N'est-c^ /as un miracle, etc. — St-Augustin, de Civet. Dei, 1. xxn. c. v.

5 Dans un coin. Terme familier, dans un endroit retiré et éloigné de la vue des hommes,

ni dans les antres profonds, mais à ia face de tout un peuple ennemi et incrédule; répandus ensuite et renouvelés par les apôtres dans plusieurs nations différentes, qui avaient un intérêt puissant de les convaincre de fausseté, s'ils avaient été supposés1. Notre Seigneur nourrit une multitude de peuple avec deux ou trois pains. Il guérit les maladies incurables par une simple parole. Il fait sortir les morts du tombeau. Il se ressuscite luimême. Tout est de notoriété publique2, où la moindre imposture 3 aurait été facile à découvrir. Il ne s'agissait pas de prestiges qui fascinaient les yeux, de tours de souplesse4, ni d'opérations subtiles de la physique; mais de faits palpables, visiblement contraires aux lois communes de la nature. Les simples3 et les savants en étaient également juges. Ils n'avaient qu'à ouvrir les vaux pour se convaincre de leur vérité.

De plus, tout porte le caractère d'une bonté et d'une puissance infinie, qui agit sans parade6, et àqui les prodiges ne semblent éebapper que par compassion pour les bommes, pour soulager leurs misères corporelles, ou pour guérir leur esprit.

1 Supposés. Faux el ioenlé-, à piaisir.

2 De notoriété publique : Expression consacrée par l'usage, bien connu de lout le monde.

3 OU la moindre imposture, elc. Tour elliptique, où se rapporte à l'idée contenue dans le mot publique: au milieu du public, du peuple, la moindre imposture, etc.

* Souplesse est ici synonyme d'adresse à substituer une chose à une autre : ce mot a ordinairement un sens plus général ; il exprime l'adresse et la dextérité de tous les membres.

5 Les simples, opposés aux savants : les homnuw ignorants et simples.

6 Sans parade. Sans ostentation, sans vanité

Ces miracles n'ont été faits que pour établir le vrai culte de la divinité. Jésus-Christ nous assure qu'il ne les fait que pour ramener l'homme à son propre cœur, afin d'y chercher les preuves de sa doctrine, dont la fin et la consommation est la charité1.

Enfin les principaux témoins oculaires de ces faits miraculeux ne sauraient être suspects. Il est possible que les hommes, par entêtement ou par préjugé, souffrent toutes sortes de maux pour soutenir des erreurs spéculatives*, parce qu'ils peuvent se persuader de bonne foi que ce sont des vérités. Mais que les hommes3, sans aucune vue de plaisir ni d'ambition, de récompense temporelle ou éternelle, s'exposent à toutes sortes de malheurs présents, et ensuite à la justice vengeresse d'un Dieu ennemi du mensonge, pour soutenir qu'ils ont entendu de leurs oreilles, et vu de îeurs yeux des choses qui n'ont jamais été : cet amour désintéressé de la malice et de l'imposture* est absolument incompatible avec la nature humaine, surtout en des hommes qui passent leur vie à oratiquer et à enseigner la morale la plus

* La enarité. Caritas, l'amour de Dieu, puis du prochain et de soi-même en vue de Dieu : l'une des trois vertus capitales de la religion chrétienne.

* Spéculatives, qui portent sur des faits de l'ordre moral ou intellectuel, et non pas sur des faits physiques et matériels.

5 Que les hommes, etc., cet amour. Tour plein de vivacité, qui suppose une ellipse : si vous voyez les hommes, etc. Cet mmour, etc.

* Cet amour désintéressé de la malice et de l'imposture. Le rapprochement de ces idées contradictoires, le désintéressement, la malice et l'imposture prouve déjà leur incompatibilité. — Malice. Méchanceté, amour du mal.

sublime qui ait jamais été. (Entretiens sur la Religion.)

Page 1