AUTHENTICITÉ DE LA RELIGION
On ne saurait douter de la vérité de ces faits, puisque les livres qui en contiennent l'histoire ont été reçus et traduits 1 par un grand nombre de peuples divers sitôt qu'ils ont paru. Ils ont été lus dans les assemblées de presque toutes les nations de siècle en siècle. Personne cependant ne les a accusés de fausseté, ni les Juifs,- ni les Païens, ni les hérétiques2, quoiqu'ils eussent un intérêt puissant de les combattre et d'en déceler l'imposture. Les Juifs disaient, \ la vérité, que Jésus- Christ avait fait ses miracles par magie, mais ils ne les rejetaient pas comme supposés3. Les Païens n'ont pu disconvenir de ces faits, non plus que les
1 Ont été reçus et traduits, elc. L'Ancien Testament a été écrit en hébreu, et le Nouveau presque tout entier en grec. L'Ancien Testament fut traduit en grec par le Sanhédrin juif d'Egypte, composé de 72 membres, sous Ptolémée Philadelphe; cette traduction est connue sous le nom de Version des septmnte; au quatrième siècle, saint Jérôme traduisit en latin la Bible tout entière; sa traduction, appelée Vulgate, est la seale reconnue par l'Eglise. Après les septante, lejuil Àquila donna de la Bible une nouvelle traduction calquée #xactement sur l'hébreu. Enfin la Bible a été traduite par les modernes dans toutes les langues.
2 Les hérétiques. (Hérésie, oclpsoiç, choix.) Les sectaires qui se séparent de la foi générale, en choisissant certains dogmes qu'ils admettent, tandis qu'ils en rejettent d'autres.
8 Supposés. Voy. les Miracles, page 370, note i.
DE FÊNELON. 575
Juifs. CeTse!, Porphyre2, Julien l'Apostat8, Plotin * et les autres philosophes, qui dès les premiers temps attaquèrent le christianisme avec toute la subtilité imaginable, avouèrent la vérité des miracles de Jésus-Chri3t, la sainteté de sa vie, et l'authenticité des livres qui en contiennent l'histoire. Enfin, les sectes nombreuses et successives qui ont troublé l'Église en chaque siècle, prouvent invinciblement qu'on n'aurait pu corrompre le texte sacré sans que l'imposture eût été découverte. Ainsi, en remontant de siècle en siècle jusqu'à Jésus-Christ, les chrétiens, les hérétiques, les Juifs, les Païens, les Grecs, les Piomains, les Barbares, tous rendent témoignage aux mêmes faits et aux mêmes livres. Comme la
1 Celse. Celsus, philosophe épicurien ( qu*il ne faut pas confondre avec l'Hippocrate latin), vivait au deuxième siècle de notre ère, sous Trajan et ses successeurs, il attaqua le christianisme dans un ouvrage intitulé : Discursus verus (discours véritable.)
* Porphyre. Philosophe néoplatonicien , disciple de Longin et de Plolin, enseigna la philosophie à Rome, et combattit le christianisme. Né à Tyr l'an 233 de J.-C. ; il mourut à Rome en 30-4.
3 Julien l'Apostat. Flavius Claudius Julianus, empereur romain, fils de Constance, et neveu de Constantin. Né à Constantinople en 351, il fut tué dans un combat livré en Assyrie en 563. Philosophe stoïcien, il pratiquait la moraleaustère de cette secte, mais il fut l'ennemi acharné du christianisme, sans pourtant commettre aucune violence contre les chrétiens. On le nomme V Apostat [àfiarryti, se séparer) parce que, devenu maître de l'empire, il abandonna avec éclat la religion chrétienne dans laquelle »' avait été élevé.
* Plotin, philosophe néoplatonicien, né en Egypte, vers l'an 205 de J.-C, vint à Rome à l'âge de 40 ans, et y ouvrit une école de philosophie qui attira un immense concours de disciples.
certitude de nos idées dépend de l'universalité et de l'immutabilité de l'évidence qui les accompagne; de même la certitude des faits dépend de l'universalité et de l'immutabilité de la tradition qui les confirme. Il est impossible qu'on fasse croire à toute une nation, et ensuite à plusieurs nations différentes, qu'elles ont vu d'abord de leurs yeux, et entendu de leurs oreilles des choses qui n'ont jamais été ; que la mémoire de ces faits supposés soit perpétuée hautement, successivement, universellement dans tous les siècles, par des peuples différents, dont les intérêts, la religion, les préjugés sont contraires; que ces peuples conspirent ' avec leurs ennemis pour répandre une illusion qui les confond et qui les condamne ; et que cependant dans le temps actuel de l'imposture2, ni dans les siècles suivants, on ne la découvre jamais; cela, dis-je, est non-seulement incroyable, mais absolument impossible. (Entretiens sur la Religion.)