LES MYSTÈRES S
La vraie religion doit élever et abattre l'homme, lui montrer tout ensemble sa grandeur et sa faiblesse. Le christianisme n'est pas seulement une loi sainte qui purifie le cœur, il est aussi
1 Conspirent.Soienl d'accord, unissent leurs efforts.
2 Dans le temps actuel de l'imposture. Dans le temps même où l'imposture se produit.
3 Les Mystères. Voy. Chateaubriand, Génie du Christianisme, ). ier, ch- 2. 5. 4. 5.
une sagesse mystérieuse qui dompte l'esprit. C'est un sacrifice continuel de tout soi-même en hommage à la souveraine raison. En pratiquant sa morale, on renonce aux plaisirs, pour l'amour de la beauté suprême. En croyant ses mystères, on immole1 ses idées, par respect pour la vérité éternelle. Sans ce double sacrifice des pensées et des passions, l'holocauste2 est imparfait, notre victime est défectueuse. C'est par là que l'homme tout entier disparaît et s'évanouit devant l'Être des êtres. Ii ne s'agit pas d'examiner s'il est nécessaire que Dieu nous révèle ainsi des mystères pour humilier notre esprit. Il s'agit de savoir s'il en a révélé, ou non. S'il a parlé à sa créature, l'obéissance et l'amour sont inséparables. Le christianisme est un fait. Puisque vous ne doutez plus des preuves de ce fait, il ne s'agit plus de choisir ce qu'on croira et ce qu'on ne croira pas. Toutes les difficultés s'évanouissent, dès qu'on a l'esprit guéri de la présomption. Alors on n'a nulle peine à croire qu'il y ait dans la nature divine et dans la conduite de sa providence une profondeur impénétrable à notre faible raison. L'Être infini doit être incompréhensible à la créature. D'lmi côté, on voit un législateur, dont la loi est tout-à-fait divine, qui prouve sa mission par des 'aits miraculeux dont on ne saurait douter,
1 On immole ses idées, on abandonne, on sacrifie : figure hardie, que nous avons déjà rencontrée (Voy. le Christianisme, page 364, note 3.) ; du reste moins usitée que son équivalent, Sacrifier, elle n'est pas différente pour le sens ni pour l'élymologie.
» Holocauste. Sacrifice complet, (exoç, tout entier, et naiu, brûler.)
par des raisons aussi fortes que celles qu'on a de les croire. D'un autre côté, on trouve plusieurs mystères qui nous choquent. Que faire entre ces deux extrémités embarrassantes d'une révélation claire1, et d'un obscur incompréhensible? On ne trouve de ressource que dans le sacrifice de l'esprit, et ce sacrifice est une partie du culte dû au souverain Être.
Dieu n'a-t-il point des connaissances infinies que nous n'avons point? Quand il en découvre quelques-unes par une voie surnaturelle, il ne s'agit plu? d'examiner le comment de ces mystères 2, mais la certitude de leur révélation. Ils nous paraissent incompatibles, sans l'être en effet, e*cette incompatibilité apparente vient de la petitesse de notre esprit qui n'a pas des connaissances assez étendues pourvoir la liaison de nos idées naturelles avec ces vérités surnaturelles.
Aimer purement, croire humblement, voilà toute la religion catholique. Nous n'avons proprement que deux articles de foi, l'amour d'un. Dieu invisible, et l'obéissance à l'Église, son oracle vivant. Toutes les autres vérités particulières s'absorbent dans ces deux vérités simples et universelles qui sont à la portée de tous les esprits. Y a-t-il rien de plus digne de la perfection divine, ni de plus nécessaire pour la faiblesse humaine? (Entretiens sur la Religion.)
1 D'une révélation claire, quoique certaine et non intelligible.
2 Le comment de ces mystères. Locution familière. Com~ ment ces mystères peuvent s'expliquer.