Voilà, dès le début, le ton de la pastorale
2. Périphrases un peu contournées. Chateaubriand interprète le mot de curé, en le rattachant au mot latin curatus, signifiant qui a soin de. Le curé surveille son troupeau : de là l'épithcte laborieux.
* Rechercher dans la suite tou-
tes les périphrases qui désignent le prêtre, et les caractériser.
3. Ceux qui entrent, parce qu'il leur confère le sacrement de baptême.
4. Rien de plus naturel que ce puits, cette vigne, ces colombes et même ces peupliers. Et malgré cela, on sent que Fauteur dessine une cure idéale. Le puits, la vigne, les colombes sont des souvenirs bibliques, des images souvent associées aux idées religieuses.
* Etudier la description, très détaillée, du presbytère de Jocelyn, chez Lamartine (Sixième époque de Jocelyn, XXXVII.)
5. Chrysostome fut le plus éloquent des Pères de l'Eglise grecque. Son nom est formé de deux mots grecs signifiant « bouche d'or». Il vivait à la fin du 4e siècle ap. J.-G. et il fut patriarche de Constantinople.
LE GÉNIE DU CHRISTIANISME
en chantant : « Vous sortirez avec plaisir et vous serez reçu avec joie ; les collines bondiront et vous entendront avec joie ». L'étendard des saints, antique bannière des temps chevaleresques, ouvre la carrière au troupeau qui suit pêle-mêle avec son pasteur. On entre dans des chemins ombragés et coupés profondément par la roue des chars rustiques ; on franchit de hautes barrières formées d'un seul tronc de chêne ; on voyage le long d'une haie d'aubépine où bourdonne l'abeille et où sifflent les bouvreuils et les merles. Les arbres sont couverts de leurs fleurs ou parés d'un naissant feuillage. Les bois, les vallons, les rivières, les rochers entendent tour à tour les hymnes des laboureurs. Etonnés de ces cantiques, les hôtes des champs sortent des blés nouveaux et s'arrêtent à quelque distance pour voir passer la pompe villageoise1.
La procession rentre enfin au hameau. Chacun retourne à son ouvrage : la religion n'a pas voulu que le jour où l'on demande à Dieu les biens de la terre fût un jour d'oisiveté. Avec quelle espérance on enfonce le soc dans le sillon, après avoir imploré celui qui dirige le soleil et qui garde dans ses trésors les vents du midi et les tièdes ondées ! Pour bien achever un jour si saintement commencé, les anciens du village2 viennent, à l'entrée de la nuit, converser avec le curé qui prend son repas du soir sous les peupliers de sa cour. La lune répand alors les dernières harmonies sur cette fête, que ramènent chaque année le mois le plus doux et le cours de l'astre le plus mystérieux. On croit entendre de toutes parts les blés germer dans la terre, et les plantes croître et se développer : des voix inconnues s'élèvent dans le silence des bois, comme le chœur des anges champêtres dont on a imploré le secours ; et les soupirs du rossignol parviennent à l'oreille des vieillards assis non loin des tombeaux3. (I, 8.)
1. Dans cette peinture aimable d'une fête pastorale, au printemps, ce dernier détail est bien recherché et inattendu. On ne voit guère les animaux sortir des blés pour regarder passer la procession. Mais Chateaubriand est tout plein des souvenirs de son patron saint François d'Assise et il associe les animaux à la fête chrétienne. — Pompe villageoise, alliance de mots.
2. L'expression rappelle à la fois la Bible et les noms que donnent les Indiens aux vieillards de leur tribu composant le grand Conseil.
3. «Etudier dans ce passage le ton à la fois majestueux et gracieux, les images solennelles et les détails familiers. Cette description tient de l'idylle et de l'épopée.
CHATEAUBRIAND
Cimetières de campagne.
Les anciens n'ont point eu de lieux de sépulture plus agréables que nos cimetières de campagne1 : des prairies, des champs, des eaux et des bois, une riante perspective, mariaient2 leurs simples images avec les tombeaux des laboureurs. On aimait à voir le gros if qui ne végétait plus que par son écorce, les pommiers du presbytère, le haut gazon, les peupliers, l'ornement des morts, et les buis, et les petites croix de consolation et de grâce. Au milieu des paisibles monuments, le temple villageois élevait sa tour surmontée de l'emblème rustique de la vigilance3. On n'entendait dans ces lieux que le chant du rouge-gorge, et le bruit des brebis qui broutaient l'herbe de la tombe de leur ancien pasteur.
Les sentiers qui traversaient l'enclos béni aboutissaient à l'église ou à la maison du curé ; ils étaient tracés par le pauvre et le pèlerin, qui allaient prier le Dieu des miracles, ou demander le pain de l'aumône à l'homme de l'Evangile4 : l'indifférent ou le riche ne passait point sur ces tombeaux.
On y lisait pour toute épitaphe : Guillaume ou Paul, né en telle année, mort en telle autre. Sur quelques-uns il n'y avait pas même de nom. Le laboureur chrétien repose oublié dans la mort, comme ces végétaux utiles au milieu desquels il a vécu : la nature ne grave pas le nom des chênes sur leurs troncs abattus dans les forêts. (II, 7.)
Saint-Denis 5.
On voyait autrefois, près d,e Paris, des sépultures fameuses entre les séputtures des hommes. Les étrangers venaient en foule visiter les merveilles de Saint-Denis. Ils y pui-