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Imagination très réaliste

Chateaubriand annonce déjà ce qu'on a appelé le bas-romantisme d'un Théophile Gautier ou d'un Baudelaire. (Cf. La Comédie de la Mort, de Gautier.)

8. Passage très caractéristique pour le sens historique dans Chateaubriand.

* Etudier la manière dont il

LE GÉNIE DU CHRISTIANISME

Lecteurs chrétiens, pardonnez aux larmes qui coulent de nos yeux en errant au milieu de cette famille de saint Louis et de Clovis. Si tout à coup, jetant à l'écart le drap mortuaire qui les couvre, ces monarques allaient se dresser dans leur sépulcres et fixer sur nous leurs regards, à la lueur de cette lampe ! Oui, nous les voyons tous se lever à demi, ces spectres des rois ; nous les reconnaissons, nous osons interroger ces majestés du tombeau. Hé bien, peuple royal de fantômes, dites-le nous : voudriez-vous revivre maintenant au prix d'une couronne ? Le trône vous tente-t-il encore ?. . . Mais d'où vient ce profond silence ? D'où vient que vous êtes tous muets sous ces voûtes ? Vous secouez vos têtes royales, d'où tombe un nuage de poussière ; vos yeux se referment, et vous vous recouchez lentement dans vos cercueils1 ! (II, 9.)

[Après avoir ainsi passé en revus toutes les beautés du culte chrétien et tous les services rendus à l'humanité par la morale chrétienne, par les missions, les ordres militaires, les institutions de charité, Chateaubriand récapitule en quelques pages les idées principales de son livre et il termine par ce chapitre : « Quel serait aujourd'hui l'état de la société si le christianisme n'eût point paru sur la terre — Conjectures ». Il fait un tableau à larges traits de l'immoralité de la vie romaine, de la décadence provoquée dans l'humanité par le polythéisme. Il affirme que sans l'Evangile « le naufrage de la société et des lumières eût été total» ; il montre que le christianisme a recueilli les débris de la civilisation et des arts, restauré la poésie et, ce qui vaut mieux, la morale. Il déplore que le 18e siècle ait fait une guerre sans merci à cette religion qui a sauvé l'humanité. Il termine en citant une phrase de Pascal : « A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commencer par leur montrer qu'elle n'est point contraire à la raison ; ensuite qu'elle est vénérable, et en donner respect ; après, la rendre aimable et faire souhaiter qu'elle fût vraie ; et puis montrer par des preuves incontestables qu'elle est vraie ».]

a rendu la fuite éternelle des choses et des êtres et traduit le frisson de la mort.

1. Bossuet, au début du sermon Sur la Mort demande : « Me sera-t-il permis d'ouvrir un tombeau devant la cour ?». Chateaubriand ouvre ici, sans hésiter, les tombeaux des rois qu'il interroge. Cette fin est désolée.

Les temps nouveaux sont si mauvais pour les royautés que les rois, si on leur oflrait la vie, ne consentiraient pas à l'accepter. Leur silence est encore plus en>ayant que leur mort. L'apostrophe aux majestés du tombeau est d'ailleurs un fort beau mouvement oratoire, encore que mélodramatique.

ATALA (1801

L'œuvre expliquée par l'auteur.

La publication1.

C'est de la publication <¥ Atala que date le bruit que j'ai fait dans ce monde : je cessai de vivre de moi-même et ma carrière publique commença. Après tant de succès militaires, un succès littéraire paraissait un prodige ; on en était affamé2. L'étrangeté de l'ouvrage ajoutait à la surprise de la foule3. Atala tombant au milieu de la littérature de l'Empire, de cette école classique, vieille rajeunie dont la seule vue inspirait l'ennui, était une sorte de production d'un genre inconnu. On ne savait si on devait la classer parmi les monstruosités ou parmi les beautés : était-elle Gorgone ou Vénus4? Les académiciens assemblés dissertèrent doctement sur son sexe et sur sa nature, de même qu'ils firent des rapports sur le Génie du Christianisme. Le vieux siècle la repoussa, le nouveau l'accueillit.

Atala devint si populaire qu'elle alla grossir, avec la Brin villiers, la collection de Gurtius5. Les auberges de rouliers étaient ornées de gravures rouges, vertes et bleues, représentant Chactas, le père Aubry et la lille de Simaghan. Dans des boîtes de bois, sur les quais, on montrait mes

1. Atala devait être publiée dans le Génie, mais il paraît que, quelques épreuves s'étant égarées, Chateaubriand eut peur d'un vol et se décida à publier son roman avant le Génie. Atala était en principe, comme René, un épisode du Génie. L'œuvre

Ï»arut le 17 avril 1801 sous le tire : Atala ou les amours de deux sauvages dans le désert.

2. Remarquer cet éternel besoin de se comparer, sous une forme ou une autre, à Napoléon .

3. Vétrangeté de l'ouvrage est encore mieux détinie dans la Préface d' Atala (voir plus bas p. 139).

4. Personnages de la mythologie, pris ici dans un sens symbolique. Vénus est la beauté et Gorgone la monstruosité. Les Gorgones étaient trois femmes monstrueuses qui changeaient en pierre ceux qu'elles regardaient. L'une d'elles était Méduse à qui Persée coupa la tête.

5. A la fin du 18e siècle, l'Allemand Curtius aA^ait installé à Paris un cabinet de figures en cire coloriée, représentant les personnages fameux. La Brinvilliers est une célèbre empoisonneuse du 17° siècle.

ATALA

personnages en cire, comme on montre des images de Vierge et de saints à la foire. Je vis sur un théâtre du boulevard ma sauvagesse coiffée de plumes de coq, qui parlait de Yànie de la solitude à un sauvage de son espèce, de manière à me faire suer de confusion. On représentait aux Variétés une pièce dans laquelle une jeune fille et un jeune garçon, sortant de leur pension, s'en allaient par le coche se marier dans leur petite ville ; comme en débarquant ils ne parlaient, d'un air égaré, que crocodiles, cigognes et forêts, leurs parents croyaient qu'ils étaient devenus fous1. (Mémoires d Outre-Tombe . Deuxième partie, Livre 1er.)

[Le dessein de Chateaubriand était double. Il voulait d'une part faire « l'épopée de l'homme de la nature », si bien quAtala se rattache de près au Voyage en Amérique et à la future épopée des Natche^ Mais il voulait aussi justifier ce qu'il appelait dans le Génie du Christianisme « les harmonies de la religion avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain », de telle sorte qu'Atala — qui, dans le dessein primitif faisait partie du Génie — s'y rattache étroitement, même étant publiée à part.]

Analyse et Extraits.

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