‹ Morceaux choisisChapitre 134 sur 530 · Cf. Règle : Quel malheur me ça poursuivant · texte numérisé non relu

Cf. Règle : Quel malheur me ça poursuivant

7. Un peu pompeux. Il faut que toute la nature résonne des chants religieux et redise le nom du Créateur.

8. C'est l'idée romantique de la nature qui s'associe au deuil de l'homme malheureux.

CHATEAUBRIAND

dans les Bocages de la mort1 le chœur lointain des décédés, qui répondait à la voix du solitaire.

Cependant une barre d'or se forma dans l'orient2. Les éperviers criaient sur les rochers et les martres rentraient dans le creux des ormes : c'était le signal du convoi d'Atala. Je chargeai le corps sur mes épaules ; l'ermite marchait devant moi, une bêche à la main. Nous commençâmes à descendre de rocher en rocher ; la vieillesse et la mort ralentissaient également nos pas. A la vue du chien qui nous avait trouvés clans la forêt, et qui maintenant, bondissant de joie, nous traçait une autre route, je me mis à fondre en larmes3. Souvent la longue chevelure d'Atala, jouet des brises matinales, étendait son voile d'or sur mes yeux ; souvent, pliant sous le fardeau, j'étais obligé de le déposer sur la mousse et de m'asseoir auprès, pour reprendre des forces4. Enfin, nous arrivâmes au lieu marqué par ma douleur ; nous descendîmes sous l'arche du pont. O mon fils5 ! il eût fallu voir un jeune sauvage et un vieil ermite à genoux l'un vis-à-vis de l'autre dans un désert, creusant avec leurs mains un tombeau pour une pauvre fille dont le corps était étendu près de là, dans la ravine desséchée d'un torrent.

Quand notre ouvrage fut achevé, nous transportâmes la beauté6 dans son lit d'argile. Hélas ! j'avais espéré de préparer une autre couche pour elle ! Prenant alors un peu de poussière dans ma main et gardant un silence effroyable, j'attachai pour la dernière fois mes yeux sur le visage d'Atala. Ensuite je répandis la terre du sommeil sur un front de dix-huit printemps ; je vis graduellement disparaître les traits de ma sœur et ses grâces se cacher sous le rideau de l'éternité7.

Page 1