‹ Morceaux choisisChapitre 136 sur 530 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

[C'est Chateaubriand qui reprend la parole et qui raconte en quelques pages la destinée du père Aubry et de Chactas, telle qu'il la connut dans son voyage en Amérique1. Le père Aubry fut brûlé par les Indiens et sa mission ravagée. Chactas2 revint quelques années plus tard chercher les os d'Atala et du missionnaire3.]

servir à creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains. J'ouvris une large fosse, j'y plaçai l'idole de mon cœur, après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois avec l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle ; je la considérai longtemps, je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. Enfin mes forces recommençant à s'affaiblir et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable.

1. Chateaubriand, dans cet épilogue, place aussi certains détails de son voyage, par exemple la description de la cataracte dù Niagara ; le tableau de la jeune mère indienne ensevelissant et berçant son enfant mort parmi les branches d'un érable: et entin la peinture d'une tribu indienne qui emporte à travers le désert les ossements des aïeux,

ce qui lui inspire cette réflexion :

Indiens infortunés que j'ai vus errer dans les déserts duNouveau-Mondeavec les cendres de vos aïeux 1 vous qui m'avez donné l'hospitalité malgré votre misère ! je ne pourrais vous la rendre aujourd'hui, car j'erre, ainsi que vous, à la merci des hommes, et, moins heureux dans mon exil, je n'ai point emporté les os de mes pères.

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