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Ainsi raisonnait Rousseau

Il y a du Jean-Jacques dans Chateaubriand.

* Cf. Ce fragment d'une lettre de Rousseau :

Je trouve mieux mon compte avec les êtres chimériques que je rassemble autour de moi qu'avec ceux que je vois dans le monde et la société dont mon imagination fait les frais dans ma retraite achève de me dégoûter de toutes celles que j'ai quittées. Vous

me supposez malheureux et consommé de mélancolie. 0 Monsieur! combien vous vous trompez ! C'est à Paris que je l'étais, c'est à Paris qu'une bile noire rongeait mon cœur (Morceaux choisis, éd. Mornet, p. 285).

3. Foule, désert, antithèse vigoureuse, très explicable par ce que René nous a dit de ses sentiments.

4. Cf. dans l'appendice, sous le titre Les Variantes de Chateaubriand, certaines impressions de Chateaubriand enfant dans la cathédrale de Saint-Malo.

5. Cette plainte est très émouvante, mais atteste que dans René l'imagination est plus chrétienne que le cœur. La méditation dans les églises, en face de Dieu, n'apaise point les tourments de son âme ni son éternel ennui.

CHATEAUBRIAND

Quand le soir était venu, reprenant le chemin de ma retraite1, je m'arrêtais sur les ponts pour voir se coucher le soleil. L'astre, enflammant les vapeurs de la cité, semblait osciller lentement dans un fluide d'or, comme le pendule de l'horloge des siècles2. Je me retirais ensuite avec la nuit, à travers un labyrinthe de rues solitaires3. En regardant les lumières qui brillaient dans la demeure des hommes, je me transportais par la pensée au milieu des scènes de douleur et de joie qu'elles éclairaient, et je songeais que sous tant de toits habités je n'avais pas un ami4. Au milieu de mes réflexions, l'heure venait frapper à coups mesurés dans la tour de la cathédrale gothique5; elle allait se répétant sur tous les tons, et à toutes les distances, d'église en église. Hélas ! chaque heure dans la société ouvre un tombeau et fait couler des larmes 6.

Cette vie, qui m'avait d'abord enchanté, ne tarda pas à me devenir insupportable. Je me fatiguai de la répétition des mêmes scènes et des mêmes idées7. Je me mis à sonder mon cœur, à me demander ce que je désirais. Je ne le savais pas, mais je crus tout à coup que les bois me seraient délicieux8. Me voilà soudain résolu d'achever dans un exil champêtre une carrière à peine commencée et dans laquelle j'avais déjà dévoré des siècles.

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