Voir au début le fragment de lecture expliquée, p
RENÉ
me dire : « Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande ».
Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie ! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté et comme possédé par le démon de mon cœur.
La maison paternelle.
[René raconte alors comment, dégoûté de tout et décidé à en finir avec la vie, il crut nécessaire de prendre quelques arrangements concernant sa fortune. Il écrivit à sa sœur qui vint le trouver aussitôt et lui fit jurer de ne pas se tuer. Quelques mois se passèrent dans une douce intimité. Mais un matin René ne trouva plus sa sœur. Elle était partie pour se faire religieuse. Il résolut de l'arracher à la vie monastique et, en se rendant au couvent, il alla dire adieu à la maison paternelle :]
Mon frère aîné avait vendu l'héritage paternel, et le nouveau propriétaire ne l'habitait pas. J'arrivai au château par la longue avenue de sapins ; je traversai à pied les cours désertes ; je m'arrêtai à regarder les fenêtres fermées ou demi-brisées, le chardon qui croissait au pied des murs, les feuilles qui jonchaient le seuil des portes, et ce perron solitaire où j'avais vu si souvent mon père et ses lidèles serviteurs K Les marches étaient déjà couvertes de mousse ; le violier2jaune croissait entre leurs pierres déjointes et tremblantes. Un gardien inconnu m'ouvrit brusquement les portes. J'hésitais à franchir le seuil ; cet homme s'écria : « Eh bien ! allez-vous faire comme cette étrangère qui vint ici il y a quelques jours? Quand ce fut pour entrer, elle s'évanouit, et je fus obligé de la reporter à sa voiture. » Il me fut aisé de reconnaître Yétrangère qui, comme moi, était venue chercher dans ces lieux des pleurs et des souvenirs3 !
1 . Cette description est faite de souvenirs et aussi d'inventions.
Il n'y avait pas de sapins à Combourg, mais des noyers et des marronniers. En revanche il y avait un large perron de vingtdeux marches, sans rampes ni garde-fou.