S'escarpe == devient escarpé (très rare
2. Dans les Mémoires d'Outre- Tombe où cette première partie du voyage est contée (Deuxième partie, Livre II) en termes presque identiques, Saint- André est devenu Saint-Michel.
3. Alizier ou alisier, arbre épineux de la famille des rosacées.
4. Ce sont de ces phrases qui donnent le « ton Chateaubriand ».
Après la description grave et majestueuse, une réflexion sur la misère de l'homme.
5. Il faut distinguer la fin de cette lettre du début qui est plus sec. Il semble que Chateaubriand, traversant les Alpes, se soit mis en garde contre une admiration conventionnelle. Au reste il n'aimait pas beaucoup les montagnes ,• Sainte-Beuve dit justement qu'il ne les aimait que comme horizon. Voir plus
bas, le Voyage au Mont-Blanc.
Il termine ce journal à M. Joubert par ces lignes :
En général les Alpes, quoique plus élevées que les montagnes de l'Amérique septentrionale, ne m'ont pas paru avoir ce caractère original, cette virginité de site que l'on remarque dans les Apalaches ou même dans les hautes terres du Canada : la hutte d'un Siminole sous un magnolia ou d'un Ohipowois sous un pin, a un tout autre caractère que la cabane d'un Savoyard sous un noyer.
Il dit, dans ses mémoires, simplement ceci :
Quand, je me vis pour la première fois, au sommet des Alpes, une étrange émotion me saisit; j'étais comme cette alouette qui traversait, en même temps que moi, le plateau glacé, et qui, après avoir chanté sa petite chanson de la plaine, s'abattait parmi des neiges, au lieu de descendre sur des mois- Bons. (Deuxième partie, Livre II).
CHATEAUBRIAND
lui paraît fort beau et il envoie aussitôt ses impressions à son ami Joubert :]
Lettre deuxième à M. Joubert1.
[La Lombardie. ]
Vous voyez d'abord un pays fort riche dans l'ensemble et vous dites : « C'est bien »; mais quand vous venez à détailler les objets, l'enchantement arrive. Des prairies dont la verdure surpasse la fraîcheur et la finesse des gazons anglais se mêlent à des champs de maïs, de riz et de froment ; ceuxci sont surmontés de vignes qui passent d'un échalas à l'autre2, formant des guirlandes au-dessus des moissons; le tout est semé de mûriers, de noyers, d'ormeaux, de saules, de peupliers, et arrosé de rivières et de canaux. Dispersés sur ces terrains, des paysans et des paysannes, les pieds nus, un grand chapeau de paille sur la tête, fauchent les prairies, coupent les céréales, chantent, conduisent des attelages de bœufs, ou font remonter et descendre des barques sur des courants d'eau3. Cette scène se prolonge pendant quarante lieues, en augmentant toujours de richesse jusqu'à Milan, centre du tableau. A droite on aperçoit l'Apennin, à gauche les Alpes.
On voyage très vite : les chemins sont excellents ; les auberges, supérieures à celles de France, valent presque celles de l'Angleterre. Je commence à croire que cette France si policée est un peu barbare4.
Je ne m'étonne plus du dédain que les Italiens ont con-