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La fièvre ici c'est la malaria

— Chateaubriand évoque ici, comme à Combourg, les spectres des histoires gothiques et les fantômes des vieux châteaux.

6. Impression poignante d'isolement et d'abandon. Cincinnatus, type du vieux Romain, était à la enarrue quand on alla le chercher pour le nommer dictateur.

LE VOYAGE EN ITALIE

Tombeau de Néron1, que s'élève la grande ombre de la ville éternelle. Déchue de sa puissance terrestre, elle semble, dans son orgueil, avoir voulu s'isoler : elle s'est séparée des autres cités de la terre ; et, comme une reine tombée du trône, elle a noblement caché ses malheurs dans la solitude2,

[Telle est la première impression. Et pourtant cette campagne n'est pas affreuse. Elle l'est si on la juge en « économiste », c'est-à-dire si on apprécie la beauté d'un paysage au nombre de ses champs de blé et de ses coteaux de vignes. Mais cette campagne, par ailleurs si lamentable, offre un merveilleux décor à l'œil de l'artiste et du poète. Elle est belle d'abord par les lignes de son horizon, par la pureté de sa lumière,, par les teintes de son ciel au soleil couchant :]

Rien n'est comparable pour la beauté aux lignes de l'horizon romain, à la douce inclinaison des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes qui le terminent. Souvent les vallées dans la campagne prennent la forme d'une arène, d'un cirque, d'un hippodrome ; les coteaux sont taillés en terrasses, comme si la main puissante des Romains avait remué toute cette terre3. Une vapeur particulière, répandue dans les lointains, arrondit les objets et dissimule ce qu'ils pourraient avoir de dur ou de heurté dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes et noires ; il n'y a pas de masses si obscures de rochers et de feuillages dans lesquelles il ne s'insinue toujours un peu de lumière4. Une teinte singulièrement harmonieuse marie la terre, le ciel et les eaux : toutes les surfaces, au moyen d'une gradation insensible de couleurs, s'unissent par leurs extrémités, sans qu'on puisse déterminer le point où une nuance finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute admiré dans les paysages de Claude Lorrain5 cette lumière qui semble idéale et plus belle que nature ? Eh bien, c'est la lumière de Rome !

1. A quelques kilomètres de Rome est un sarcophage du 2œ* siècle de notre ère que l'on donne à tort comme le tombeau de Néron.

2. Phrase solennelle et triste qui peint l'isolement de la ville éternelle. Ces réflexions semblent être un écho des psaumes bibliques sur la désolation de Jérusalem.

3. Les Romains furent en effet des constructeurs, des architectes merveilleux. L'image est ici très belle et très naturelle.

4. Après avoir défini les lignes du paysage et les formes du décor, Chateaubriand caractérise la lumière et la couleur. Excellente remarque sur les ombres de ces pays méridionaux qui ne sont jamais lourdes et noires.

5. Claude Gelée, dit Claude Lorrain (1600-1682), célèbre peintre de paysages, de marines, dont le décor représente justement un monument romain ou la campagne romaine. Claude Lorrain vécut longtemps à Rome,

CHATEAUBRIAND

Je ne me lassais point de voir à la villa Borghèse1 le soleil se coucher sur les cyprès du mont Marius2 et sur les pins de la villa Pamphili, plantés par Le Nôtre3. J'ai souvent aussi remonté le Tibre à Ponte- Mole4, pour jouir de cette grande scène de la fin du jour5. Les sommets des montagnes de la Sabine6 apparaissent alors de lapis-lazuli 7 et d'opale8, tandis que leurs bases et leurs flancs sont noyés dans une vapeur d'une teinte violette et purpurine9. Quelquefois de beaux nuages comme des chars légers, portés sur le vent du soir avec une grâce inimitable, font comprendre l'apparition des habitants de l'Olympe sous ce ciel mythologique 10 ; quelquefois l'antique Rome semble avoir étendu dans l'occident toute la pourpre de ses consuls et de ses césars, sous les derniers pas du dieu du jour11. Cette riche décoration ne se retire pas aussi vite que dans nos climats : lorsque vous croyez que ses teintes vont s'effacer, elle se ranime sur quelque autre point de l'horizon ; un crépuscule succède à un crépuscule et la magie du couchant se prolonge12. Il est vrai qu'à cette heure du repos des campagnes Pair ne retentit plus de chants bucoliques ; les bergers n'y sont plus, Dulcia linquimus arvan\ mais on voit encore les

1. Villa fondée au début du 17° siècle parle cardinal Borghèse et entourée d'un très beau parc.

2. Le mont Marius, appelé par les Romains Clivus Cinnœ^ tire son nom de Mario Mellini qui fut, sous Sixte IV, propriétaire d'une villa bâtie sur son sommet.

3. La villa Pamphili fut construite par le prince Pamphili, neveu d'Innocent X. — Le Nôtre (1613-1700) fut le grand architecte des jardins au 17e siècle : on lui doit les parcs de Versailles, de Saint-Gloud, etc.

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