‹ Morceaux choisisChapitre 166 sur 530 · Définition du prophète Job · texte numérisé non relu

Définition du prophète Job

après les Grecs, les Hébreux.

Chateaubriand a souvent déploré cette misère du cœur qui oublie ceux qu'il a le plus aimés.

Et justement à propos de Mm« de Beaumont et en songeant à elle, il écrivait, trente-cinq ans après sa mort :

Que j'ai vite, non pas oublié, mais remplacé ce qui me fut cher ! . . . Nos amitiés trahies et délaissées nous reprochent les nouvelles sociétés où nous sommes engagés ; nos heures s'accusent : notre vie est une perpétuelle rougeur parce qu'elle est une faute continuelle. (Mémoires, II, 396.)

4. Cette lettre à M. de Fontanes est très belle et très poétique : Chateaubriand a parlé de Rome en artiste, en lyrique et en philosophe. Pour apprécier tout ce qu'il y a de pénétrant dans sa description, comparer la description ae la même campagne romaine par Mme de Staël, a peu près à la même date, dans son roman de Corinne (1807).

Voici d'abord la tristesse de la campagne désolée par la fièvre :

Le mauvais air (la malaria) fait, pour ainsi dire, le siège de Eome ; il avance chaque année quelques pas de plus et l'on est forcé d'abandonner les plus charmantes habitations à son empire. Sans doute l'absence d'arbres dans la campagne, autour de la ville, est une des causes de l'insalubrité de l'air, et c'est peut-être pour cela que les anciens romains avaient consacré les bois aux déesses, afin de les faire respecter par le peuple. Maintenant des forêts sans nombre ont été abattues ; pourrait-il en effet exister de nos jours des lieux assez sanctifiés pour que l'avidité s'abstînt de les dévaster ? Le mauvais air est le fléau des habitants de Rome et menace la ville d'une entière dépopulation ; mais il ajoute peut-être encore à l'effet que produisent les superbes jardins qu'on voit dans l'enceinte de Rome. L'influence maligne ne se fait sentir par aucun signe extérieur : vous respirez un air qui semble pur et qui est très agréable ; la terre est riante et fertile; une fraîcheur délicieuse vous repose le soir des chaleurs brûlantes du jour; et tout cela c'est la mort. (Corinne, V, 3.)

La description des jardins et des villas a moins de poésie dans

Fig. 9. — Vue de la Campagne romaine.

On remarquera deux des caractères distinctifs que Chateaubriand a signalés dans la célèbre Lettre à M. de Fontanes (cf. surtout pp. 186 et 188) : les ruines d'aqueducs et les pins. v

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Mm< de Staël que dans Chateau-

Il y a dans les jardins de Rome un grand nombre d'arbres toujours verts qui ajoutent encore à l'illusion que fait déjà la douceur du climat pendant l'hiver. Des pins d'une élégance particulière, larges et touffus vers le sommet et rapprochés l'un de l'autre, forment, comme une espèce de plaine dans les airs dont l'effet est charmant, quand on monte assez haut pour l'apercevoir. Les arbres inférieurs sont placés à l'abri de cette voûte de verdure. . . Oswald et Corinne terminèrent leur voyage de Rome par la villa Borghèse, celui de tous les jardins et de tous les palais romains où les splendeurs de la nature et des arts ^ eont rassemblées avec le plus de goût et d'éclat. On y voit des arbres de toutes les espèces et des eaux magnifiques. Une réunion incroyable de statues, de vases, de sarcophages antiques, se mêlent avec la fraîcheur de la jeune nature du sud. La mythologie des anciens y semble ranimée. (Tbid.)

Enfin, sur les ruines, Mme de Staël a des impressions précises, sans doute, mais un peu sèches ;

elle n'est pas artiste. Voici le Colisée :

Ce superbe édifice, dont les pierres seules, dépouillées de l'or et des marbres, subsistent encore, servit d'arène aux gladiateurs combattant contre les bêtes féroces. C'est ainsi qu'on amusait et trompait le peuple romain par des émotions fortes, alors que les sentiments naturels ne pouvaient plus avoir d'essor. L'on en-, trait par deux portes dans le Colisée; l'une qui était consacrée aux vainqueurs, l'autre par laquelle on emportait les morts. Singulier mépris pour l'espèce humaine que de destiner d'avance la mort ou la vie de l'homme au simple passe-temps d'un spectacle 1 Titus, le meilleur des empereurs, dédia ce Colisée au peuple romain ; et ces admirables ruines portent avec elles un si beau caractère de magnificence et de génie, qu'on est tenté de se faire illusion sur la véritable grandeur et d'accorder aux chefs-d'œuvre de l'art l'admiration qui n'est due qu'aux monuments consacrés à des institutions généreuses. (Ibid, IV, 3.)

Voir, dans l'appendice, Chateaubriand et V Italie,

LE VOYAGE AU MONT-BLANC1 (1806

Analyse et Extraits.

[La fin de l'année 1803 et l'année 1804 furent marquées pour Chateaubriand par de grandes tristesses.. Ce fut d'abord la perte de Mm* de Beaumont qui vint mourir à Rome et aux derniers moments de laquelle il assista. Puis, nommé ministre dans le Valais, il s'apprêtait à rejoindre son poste lorsque l'exécution du duc d'Enghien l'obligea à quitter la vie politique et à envoyer sa démission à Napoléon2. L'isolement de nouveau l'enserrait. Il essaya d'y échapper par des voyages à Vichy, en Auvergne et en Savoie, qui ne l'intéressèrent pas : il n'aimait pas les montagnes. Son récit de Voyage au Mont-Blanc n'est guère, à vrai dire, qu'une méditation sur le Mont-Blanc, un pamphlet contre la montagne et contre J.-J. Rousseau qui la chanta :]

J'en appelle aux voyageurs : le Mont-Blanc leur a-t-il paru

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