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Ce Voyage au Mont-Blanc

fait à la fin d'août 1805, publie en 1806, fut réimprimé en 1826 dans les récits de voyages (avec ie Voyage en Amérique et le Voyage en Italie) ; il est extrêmement court, il se réduit à quelques pages.

2. Voici dans quelles circonstances il apprit la mort du duc d'Enghien :

Le 21 mars [1804], je me levai de bonne heure, pour un souvenir qui m'était triste et cher. M. de Montmorin avait fait bâtir un hôtel au coin de la rue Plumet, sur le boulevard neuf des Invalides. Dans le jardin de cet hôtel, vendu pendant la Révolution, Mme de Beaumont, presque enfant, avait planté un cyprès, et elle s'était plu quelquefois à mêle montrer en passant : c'était à ce cyprès, dont je savais seul l'origine et l'histoire, que j'allais faire mes adieux. Il existe encore, mais il languit et s'élève à peine à la hauteur de la croisée sous laquelle une main qui s'est retirée aimait à le cultiver. Je distin-

gue ce pauvre arbre entre trois ou quatre autres de son espèce ; il semble me connaître et se réjouir quand j'approche; des souffles mélancoliques inclinent un peu vers moi sa tête jaunie, et il murmure à la fenêtre de la chambre abandonnée ; intelligences mystérieuses entre nous, qui cesseront quand l'un ou l'autre sera tombé.

Mon pieux tribut payé, je descendis le boulevard et l'esplanade des Invalides, traversai le pont Louis XVI et le jardin des Tuileries, d'où je sortis près du pavillon Marsan, à la grille qui s'ouvre aujourd'hui sur la rue de Rivoli. Là, entre onze heures et midi, j'entendis un homme et une femme qui criaient une nouvelle officielle ; des passants s'arrêtaient, subitement pétrifiés par ces mots : « Jugement de la commission militaire spéciale convoquée à Vincennes, qui condamne à la peine de mort le nommé Louis- Antoine-Hiinri de Bourbon, NÉ LE 2 AOUT 1772, A CHANTILLY».

(Mémoires II, 400).

Il envoya immédiatement sa démission.

LE VOYAGE AU MONT-BLANC

fort élevé du fond de la vallée de Chamouny 1 ? Souvent un lac immense dans les Alpes a l'air d'un petit étang ; vous croyez arriver en quelques pas au haut d'une pente que vous êtes trois heures à gravir ; une journée entière vous suffit à peine pour sortir de cette gorge, à l'extrémité de laquelle il vous semblait que vous touchiez de la main. Ainsi cette grandeur des montagnes, dont on fait tant de bruit, n'est réelle que par la fatigue qu'elle vous donne. Quant au paysage, il n'est guère plus grand à l'œil qu'un paysage ordinaire2-

Mais ces monts qui perdent leur grandeur apparente quand ils sont trop rapprochés du spectateur sont toutefois si gigantesques qu'ils écrasent ce qui pourrait leur servir d'ornement. Ainsi, par des lois contraires, tout se rapetisse à la fois dans les défilés des Alpes, et l'ensemble et les détails3. Si la nature avait fait les arbres cent fois plus grands sur les montagnes que dans les plaines; si les fleuves et les cascades y versaient des eaux cent fois plus abondantes, ces grands bois, ces grandes eaux pourraient produire des effets pleins de majesté sur les flancs élargis de la terre. Il n'en est pas de la sorte; le cadre du tableau s'accroît démesurément, et les rivières, les forêts, les villages, les troupeaux gardent des proportions ordinaires : alors il n'y a plus de rapport entre le tout et la partie, entre le théâtre et la décoration4

On s'extasie sur les vallées de la Suisse5; mais il faut bien observer qu'on ne les trouve si agréables que par comparaison. Certes l'œil, fatigué d'errer sur des plateaux stériles ou des promontoires couverts d'un lichen rougeâtre,

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