Jointif '— qui tient a, mot rare
4. Voilà en somme un vrai château romantique et bien en harmonie avec l'imagination de Chateaubriand dont il exaltait la mélancolie.
CHATEAUBRIAND
\ Vie à Combourg.— Journées et soirées.
| Le calme morne du château de Combourg était augmenté
\ par l'humeur taciturne et insociable de mon père. Au lieu de resserrer sa famille et ses gens autour de lui, il les avait
j dispersés à toutes les aires de vent1 de l'édiïice. Sa chambre à coucher était placée dans la petite tour de Test et son cabinet dans la petite tour de l'ouest. Les meublés de ce
■' cabinet consistaient en trois chaises de cuir noir et une
• table couverte de titres et de parchemins. Un arbre généa-
I logique de la famille des Chateaubriand tapissait le man-
\ teau de la cheminée, et dans l'embrasure d'une fenêtre on
j voyait toutes sortes d'armes, depuis le pistolet jusqu'à
\ l'espingole2. L'appartement de ma mère régnait au-dessus
> de la grande salle, entre les deux petites tours : il était \ parqueté et orné de glaces de Venise à facettes3. Ma sœur4
> habitait un cabinet dépendant de l'appartement de ma mère. i La femme de chambre couchait loin de là, dans le corps de
> logis des grandes tours. Moi, j'étais niché dans une espèce ^ de cellule isolée, au haut de la tourelle de l'escalier qui \ communiquait de la cour intérieure aux diverses parties du
< château. Au bas de cet escalier, le valet de chambre de mon \ père et le domestique gisaient dans des caveaux voûtés, et la
cuisinière tenait garnison5 dans la grosse tour de l'ouest.
^ Mon père se levait à quatre heures du matin, hiver comme
\ été : il venait dans la cour intérieure appeler et éveiller son
> valet de chambre, à l'entrée de l'escalier de la tourelle. On l lui apportait un peu de café à cinq heures : il travaillait ? ensuite dans son cabinet jusqu'à midi. Ma mère et ma sœur l déjeunaient chacune dans leur chambre, à huit heures du
< matin. Je n'avais aucune heure fixe, ni pour me lever ni 5 pour déjeuner ; j'étais censé étudier jusqu'à midi : la plupart ï du temps je ne faisais rien.
> A onze heures et demie, on sonnait le dîner que l'on ser-