‹ Morceaux choisisChapitre 192 sur 530 · C'est une idée bien extraordinaire et bien enfantine · texte numérisé non relu

C'est une idée bien extraordinaire et bien enfantine

4. «Nous nous sommes assis et nous avons pleuré. » Chateaubriand raconte avec complaisance ses voyages. Il donne une longue énumération des rivières qu'il a traversées, en buvant de leurs eaux. Il est heureux que ces réflexions, un peu puériles, soient corrigées et relevées par la belle image biblique de la fin, empruntée aux lamentations des Israélites pendant la captivité de Babylone.

CHATEAUBRIAND

[Chateaubriand est à peine arrivé dans Athènes qu'il brûle d'envie de monter à l'Acropole pour avoir une vue plus précise de la ville et de ses monuments. Il y grimpe le lendemain vers quatre heures du matin et après s'être orienté — comme toujours, — après avoir délimité l'horizon de la ville et de sa campagne, il décrit Athènes au lever du soleil ;]

Il faut maintenant se figurer tout cet espace tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oliviers, par des carrés d'orge, par des sillons de vignes; il faut se représenter des fûts de colonnes et des bouts de ruines anciennes et modernes sortant du milieu de ces cultures; des murs blanchis et des clôtures de jardins traversant les champs : il faut répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l'eau ou qui lavent à des puits les robes des Turcs ; des paysans qui vont et viennent, conduisant des ânes ou portant sur leur dos des provisions à la ville ; il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si célèbres, toutes ces îles, toutes ces mers non moins fameuses éclairées d'une lumière éclatante1. J'ai vu, du haut de l'Acropolis2, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette; les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour3, des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre le long des flancs de l'Hymette et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles4; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher5; les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'ani-

1. Dans cette première partie, il résume ses impressions de l'arrivée (voir plus haut, p. 218) :

les trois zones de cultures, les ruines, les murs blanchis, les fûts de colonnes, et sur tout cela * l'éclatante lumière de l'Attique.

2. Voici un des meilleurs passages de ritinéraire, pour le pittoresque et l'incomparable harmonie du style.

3. Impressions de peintre et auxquelles on n'est sensible que dans la mesure où on est sensible à la peinture. Il n'y a pas de toile qui puisse parler davantage aux yeux.

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