Remarquer toutes ces nuan
ces dans le coloris : après le noir et le rose, voici la fumée bleue.
5. Très belle comparaison. Au reste Chateaubriand a trouvé d'autres images pour caractériser cette teinte ; il dit ailleurs :
La première chose qui vous frappe dans les monuments d'Athènes, c'est la belle couleur de ces monuments. Dana nos climats, sous une atmosphère chargée de fumée et de pluie, la pierre du blanc le plus pur devient bientôt noire ou verdâtre. Le ciel clair et le soleil brillant de la Grèce répandent seulement sur le marbre de Paros et du Pentélique une teinte dorée semblable à celle des épis mûrs ou des feuilles en automne.
L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JERUSALEM
maient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief1; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Gorinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant comme un rocher de pourpre et de feu2.
Du lieu où nous étions placés3, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos4; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Œdipe, de Philoctète et d'Hécube5; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène6. Mais, hélas! aucun son ne frappait notre oreille. A peine quelques cris échappés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs qui retentirent si longtemps de la voix d'un peuple libre7. Je me disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire sans cesse : Tout passe, tout flnit en ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis8? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare9, avait vu mourir la brillante Aspasie10.Ce tableau de l'Attique, ce spectacle que je contemplais,
f. Après les impressions du peintre, celles du sculpteur.
2. Pour finir le tableau, un brusque élargissement de la vision et une image d'un effet grandiose. La citadelle de Gorinthe, près de laquelle il était passé en venant de Sparte et qu'il n'avait pas eu la permission de visiter, lui avait fait l'impression « d'une masse irrégulière de granit rougeâtre, couronnée d'une ligne de murs tortueux. »
3. Après la description physique et concrète, voici l'évocation très plastique des souvenirs historiques) suivie d'une méditation pilosophique.
4. Chateaubriand décrira, dans les Martyrs, le vaisseau fleuri qui revient des fêtes de Délos, rîle sainte, située au milieu des Cyclades.
5. Le théâtre de Bacchus était taillé dans la colline de l'Acropole et regardait l'Hymette. Ceci est une allusion aux pièces de Sophocle et d'Euripide.
6. Allusion au rocher appelé Pnyx, situé à l'Ouest de l'Acropole, en face de l'Aréopage. C'était la tribune aux harangues des Athéniens.
7. Il y a ici une double antithèse : entre le bruit d'autrefois et le silence d'aujourd'hui, entre la liberté des temps antiques et l'asservissement des Grecs soumis aux Turcs.