La cella est l'intérieur du temple
3. Il est certain que l'art grec est admirable de sobriété et d'élégance, mais l'architecture d'un temple grec était plus compliquée que Chateaubriand ne l'imaginait : elle était réglée d'a-
Î>rès des lois très subtiles que a critique des modernes a retrouvées. De plus la décoration sculpturale en était très travaillée. Enfin Chateaubriand ne pouvait pas savoir (ce qu'on a découvert après lui), que ces temples étaient peints extérieurement du haut en bas, d'après des teintes très vives et très habilement assorties. Sur tout cela, cf. R. Canat, La Renaissance de la Grèce antique de 1820 à i85o.
4. Il n'avait pas toujours été aussi sévère pour l'architecture gothicme, lorsque par exemple il célébrait dans le Génie, les églises gothiques (p. 115.) Cf. la même injuste sévérité dans Fénelon, cet autre admirateur de l'art grec.
L'architecture gotliique élève sur
des piliers très minces une voûte immense qui monte jusqu'aux nues ; on croit que tout va tomber, mais tout dure pendant bien des siècles; tout est plein de fenêtres, de roses et de pointes ; la pierre semble découpée comme du carton ; tout est à jour, tout est en l'air. N'est-il pas naturel que les premiers architectes gothiques se soient flattés d'avoir surpassé, par un vain raffinement, la simplicité grecque ? ( Lettre à l'Académie,)
Chateaubriand a vu la Grèce et l'art grec à travers Fénelon
Su'il admirait beaucoup. Il a cité ans ses Mémoires (II, 541), la lettre où Fénelon écrivait à Bossuet son projet d'aller évangéliser la Grèce. En voici quelques lignes :
Je me sens transporté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines précieuses, pour y recueillir, avec les plus curieux monuments, l'esprit même de l'antiquité. Je cherche cet aréopage où saint Paul annonça aux sages du monde le Dieu inconnu ; jnais le profane vient après le sacré, et je ne dédaigne pas de descendre au Pirée, où Socrate fait le plan de sa République.
Je monte au sommet du Parnasse, je cueille les lauriers de Delphes et je go Cite les délices de Tempé,
L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM
[Chateaubriand, en quittant Athènes, passa près du mont Pentélique célèbre par ses carrières de marbre. Il tomba presque aussitôt malade de la fièvre chez un Albanais de Kératia, passa quelques jours dans un ennui mortel et put enfin cingler vers le cap Sunium, illustré par son temple et par le souvenir de Platon. C'est là qu'il s'embarqua pour la Palestine et qu'il fit ses adieux à la Grèce :]
Adieux à la Grèce.
Les Grecs n'excellaient pas moins dans le choix des sites de leurs édifices que dans l'architecture de ces édifices mêmes. La plupart des promontoires du Péloponèse, de l'Attique, de l'Ionie et des îles de l'Archipel étaient marqués par des temples, des trophées ou des tombeaux1. Ces monuments, environnés de bois et de rochers, vus dans tous les accidents de la lumière, tantôt au milieu des nuages et de la foudre, tantôt éclairés par la lune, par le soleil couchant, par l'aurore, devaient rendre les côtes de la Grèce d'une incomparable beauté : la terre ainsi décorée se présentait aux yeux du nautonier sous les traits de la vieille Gybèlé qui, couronnée de tours et assise au bord du rivage, commandait à Neptune, son fils, de répandre ses flots à ses pieds2
Je découvrais au loin la mer de l'Archipel avec toutes ses îles : le soleil couchant rougissait les côtes de Zéa et les quatorze belles colonnes de marbre blanc au pied desquelles je m'étais assis3. Les sauges et les genévriers4 répandaient autour des ruines une odeur aromatique, et le bruit des vagues montait à peine jusqu'à moi5.
Gomme le vent était tombé, il nous fallait attendre pour partir une nouvelle brise. Nos matelots se jetèrent au fond de leur barque et s'endormirent. Joseph et le jeune Grec
1. Chateaubriand a toujours goûté cette architecture décorative près des rivages. Et c'est sans doute pour cela qu'il a voulu avoir son tombeau sur un rocher au bord de la mer, à Saint- Malo.
2. Image grandiose et très bien amenée par ce qui précède : l'image mythologique est tout à fait de circonstance sur cette terre mythologique. -- Cybèle était la déesse de la terre, la
mère de Jupiter et de Neptune.
3. Il est assis près des ruines de Sunium. Sunium a été, au 19e siècle, un but de pèlerinage pour la plupart des voyageurs.
Certains poètes l'ont chanté, par exemple V. de Laprade dans une fort belle poésie.