‹ Morceaux choisisChapitre 197 sur 530 · Ce sont deux espèces de plantes aromatiques · texte numérisé non relu

Ce sont deux espèces de plantes aromatiques

5. Phrase mélodieuse et caressante comme le paysage dont elle donne l'impression.

CHATEAUBRIAND

demeurèrent avec moi. Après avoir mangé et parlé pendant quelque temps, ils s'étendirent à terre et s'endormirent à leur tour. Je m'enveloppai la tête dans mon manteau pour me garantir de la rosée, et, le dos appuyé contre une colonne, je restai seul éveillé à contempler le ciel et la mer1.

Au plus beau coucher du soleil avait succédé la plus belle nuit. Le firmament répété dans les vagues avait l'air de reposer au fond de la mer. L'étoile du soir, ma compagne assidue pendant mon voyage, était prête à2 disparaître sous l'horizon; on ne l'apercevait plus que par de longs rayons qu'elle laissait de temps en temps descendre sur les flots, comme une lumière qui s'éteint. Par intervalles, des brises passagères troublaient dans la mer l'image du ciel, agitaient les constellations, et venaient expirer parmi les colonnes du temple avec un faible murmure3

Le brisement de la mer, qui augmentait par degrés contre le rocher, m'avertit que le vent s'était levé et qu'il était temps de continuer mon voyage. Je réveillai Joseph et son compagnon. Nous descendîmes au bateau. Nos matelots avaient déjà fait les préparatifs du départ. Nous poussâmes au large, et la brise, qui était de terre, nous emporta rapidement vers Zéa. A mesure que nous nous éloignions, les colonnes de Sunium paraissaient plus belles au-dessus des flots : on les apercevait parfaitement sur l'azur du ciel, à cause de leur extrême blancheur et de la sérénité de la nuit. Nous étions déjà assez loin du cap que notre oreille était encore frappée du bouillonnement des vagues au pied du roc, du murmure des vents dans les genévriers, et du chant des grillons qui habitent seuls aujourd'hui les ruines du temple : ce furent les derniers bruits que j'entendis sur la terre de la Grèce4.

4. Chateaubriand aime ces attitudes à effet. De même que nous l'avons vu méditer sur les montagnes et sur un volcan, de même il lui plaît de s'asseoir seul en face de la mer et d'écouter le bruit des vagues.

2. Comme près de. Chateaubriand ne fait, pas plus que les classiques du 47e siècle, de différence entre prêt à et près de.

3. Encore une nuit de la Grèce et une admirable nuit. Et ce qu'il y a de merveilleux, c'est que toutes ces nuits ont leur caractère spécial.

* Les étudier en définissant la

beauté particulière de chacune.

4. Cette fin est d'une très grande beauté. Il est impossible de rendre par des mots plus suggestifs des impressions de la vué et de l'ouïe. La phrase est douce et moelleuse comme la nuit sereine et caressante qu'elle évoque; elle est mollement cadencée pour exprimer les derniers bruits entendus sur la terre de Grèce et, en quelque sorte, la dégradation insensible de ces bruits. En somme, ce que Chateaubriand a surtout aimé en Grèce, c'est la lumière, l'éclat des jours, la douceur des nuits.

L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM

Page 1