Sodome, Gomorrhe et trois
autres villes de moindre importance furent englouties dans la mer Morte.
5. L'eau de la mer Morte est en effet impropre à la vie à cause de sa composition (et surtout de sa richesse en chlorure de magnésium); elle est aussi très lourde et son poids spécifique est tel que le corps humain y plonge avec peine; enfin elle est très amère et l'on peut croire que Chateaubriand y goûta comme à celle du Jourdain dont il dit plus loin : « Je puisai de l'eau du fleuve dans un vase de cuir; elle ne me parut pas aussi douce que du sucre, ainsi que le dit un bon missionnaire ; je la trouvai au contraire un peu saumàtre. »
6. Cette désolation a été peinte de nos jours dans certains livres de Pierre Loti : Le Désert, Jérusalem. Voir dans l'appendice : Chateaubriand et la Palestine.
L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM
tude, l'espace s'étend sans bornes devant vous, peu à peu l'ennui se dissipe, on éprouve une terreur secrète l, qui loin d'abaisser l'àme donne du courage et élève le génie. Des aspects extraordinaires décèlent de toutes parts une terre travaillée par des miracles. : le soleil brûlant, l'aigle impétueux, le figuier stérile, toute la poésie, tous les tableaux de l'Écriture sont là2 : chaque nom renferme un mystère, chaque grotte déclare l'avenir, chaque sommet retentit des accents d'un prophète3. Dieu même a parlé sur ces bords4 : les torrents desséchés, les rochers fendus, les tombeaux entr'ouverts attestent le prodige ; le désert paraît encore muet de terreur, et l'on dirait qu'il n'a osé rompre le
silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Eternel5
Nous levâmes le camp, et nous cheminâmes pendant une heure et demie avec une peine excessive dans une arène blanche et fine. Nous avancions vers un petit bois d'arbres de baume et de tamarins6, qu'à mon grand étonnement je voyais s'élever du milieu d'un sol stérile. Tout à coup les Bethléémites s'arrêtèrent, et me montrèrent de la main, au fond d'une ravine, quelque chose que je n'avais pas aperçu. Sans pouvoir dire ce que c'était, j'entrevoyais comme une espèce de sable en mouvement sur l'immobilité du sol 7. Je m'approchai de ce singulier objet, et je vis un fleuve jaune que j'avais peine à distinguer de l'arène8 de ses deux rives. 11 était profondément encaissé, et roulait avec lenteur une onde épaissie-: c'était le Jourdain9.
1. il y a dans la Palestine deux régions assez différentes, l'une âpre, désolée, l'autre plus riante et plus aimable (celle du Nord, près du lac de Tibériade).
Chateaubriand évoque de préférence celle où il sent revivre la sombre poésie de la Bible.
De là les mots de terreur secrète.
2. Le soleil, l'aigle, le figuier sont en effet des images de la Bible et se retrouvent jusque dans l'Evangile.
3. Le style marque avec insistance et éloquence la poésie religieuse de toute cette région.
4. Admirable et d'un très bel effet. Remarquer la gradation et cette petite phrase détachée, éclatant soudain comme la voix même de Dieu.