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Cela dépend de la leçon

Et si l'on songe que, pour élever les Pyramides, des milliers d'existences humaines furent sacrifiées, la leçon que la postérité tire de ces tombeaux est bien différente de celle qu'en tire Chateaubriand. Vanité et tyrannie : on ne voit pas où est, dans ce spectacle, Vutilité morale»

CllAjTEAUBRIAND

A moins de soutenir qu'il est égal pour une nation de laisser ou de ne pas laisser un nom dans l'histoire, on ne peut condamner ces édifices qui portent la mémoire d'un peuple au delà de sa propre existence, et le font vivre contemporain des générations qui viennent s'établir dans ses champs abandonnés. Qu'importe alors que ces édifices aient été des amphithéâtres1 ou des sépulcres? Tout est tombeau chez un peuple qui n'est plus. Quand l'homme a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort : son mausolée est au moins utile à ses cendres2; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs?

[Il visite ensuite le Caire, regrette que la campagne inondée l'empêche' d'aller voir de très près les Pyramides et les tombeaux des Pharaons» redescend le cours du fleuve et arrive à Alexandrie :]

Alexandrie.

Si j'avais été enchanté de l'Egypte, Alexandrie me sembla le lieu le plus triste et le plus désolé de la terre. Du haut de la terrasse de la maison du consul je n'apercevais qu'une mer nue, qui se brisait sur des côtes basses encore plus nues, des ports presque vides, et le désert lybique s'enfonçant à l'horizon du midi : ce désert semblait, pour ainsi dire, accroître et prolonger la surface jaune et aplanie des flots : on aurait cru voir une seule mer dont la moitié était agitée et bruyante, et dont l'autre moitié était immobile et silencieuse3. Partout la nouvelle Alexandrie mêlant ses ruines aux ruines de l'ancienne cité ; un Arabe galopant sur un âne au milieu des débris; quelques chiens maigres dévorant des carcasses de chameaux sur la grève; les pavillons des consuls européens flottant au-dessus de leurs demeures et déployant au milieu des tombeaux des couleurs ennemies4 : tel était le spectacle.

1. Comme le Colisée à Rome (cf. plus haut Lettre à M. de FontaneSy p. 189).

2. Bien exagéré. En quoi un mausolée est-il si particulièrement utile ? Et s'il ne s'agit que d'abriter les cendres, un tombeau quelconque n'y suffira-t-il pas? Et tous ces ornements de gloire, comme les toinbeauxdes

Pharaons, ne sont-ils pas des vanités ?

3. Voilà de ces phrases qui peignent en quelques mots tout un paysage.

4. Antithèse entre la mort qui réconcilie tout et les pavillons qui marquent les luttes et les conflits.

L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM

Quelquefois je montais à cheval avec M. Drovetti1, et nous allions nous promener à la vieille ville, à Nécropolis ou dans le désert. La plante qui donne la soude2 couvrait à peine un sable aride; des chacals fuyaient devant nous; une espèce de grillon faisait entendre sa voix grêle et importune : il rappelait péniblement à la mémoire le foyer du laboureur, dans cette solitude où. jamais une fumée champêtre3 ne vous appelle à la tente de l'Arabe. Ces lieux sont d'autant plus tristes que les Anglais ont noyé le vaste bassin qui servait comme de jardin à Alexandrie : l'œil ne rencontre plus que du sable, des eaux et l'éternelle colonne de Pompée4.

M. Drovetti avait fait bâtir sur la plate-forme de sa maison une volière en forme de tente où il nourrissait des cailles et des perdrix de diverses espèces. Nous passions les heures à nous promener dans cette volière et à parler de la France. La conclusion de tous nos discours était qu'il fallait chercher au plus tôt quelque petite retraite5 dans notre patrie, pour y renfermer nos longues espérances. Un jour, après un grand raisonnement sur le repos, je me tournai vers la mer et je montrai à mon hôte le vaisseau battu du vent sur lequel j'allais bientôt m'embarquer. Ce n'est pas, après tout, que le désir du repos ne soit naturel à l'homme ; mais le but qui nous paraît le moins élevé n'est pas toujours le plus facile à atteindre, et souvent la chaumière fuit devant nos vœux comme le palais6.

Le ciel fut toujours couvert pendantmon séjour à Alexandrie, la mer sombre et orageuse. Je m'endormais et me réveillais au gémissement continuel des flots qui se brisaient presque au pied de la maison du consul7.

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