Le sacrificateur
Le victimaire préparait les couteaux, l'eau, les gâteaux du sacrifice ; il était à demi-nu et portait une couronne de laurier . Il y avait dans chaque camp romain un autel auprès du tribunal de gazon où siégeait le général. ( Note de Chateaubriand.)
5. Ce détail semble peu naturel. Il est un exemple de ce qu'on a appelé le « paysage historique ».
le paysage arrangé en vue de produire un effet moral. Chateaubriand, qui recherche l'anti-
thèse, oppose ici par deux images concrètes la guerre et la paix.
Il est bien peu vraisemblable que dans ce grand combat entre Romains et Barbares un berger soit resté là. — Mais, à part quelques détails arrangés, ce tableau du réveil d'un camp est très pittoresque et très bien venu.
6. Les livres IV et V racontent la vie élégante et voluptueuse d'Eudore à Rome et à Naples.
7. Voici une seconde série de tableaux : après le paysage de Germanie, les visions de la patrie. Eudore est un descendant du patriote grec Philopoemen.
8. Réguliers, épars sont des traits à la fois pittoresques et symboliques. V armée romaine, c'est la civilisation bien ordonnée; les hordes barbares, c'est la force mal organisée.
9. Phrase descriptive: Chateaubriand est incomparable pour peindre le silence ou les bruits sourds des nuits et les lumières
Îui çà et là percent les ténèbres, bus les détails sont pittoresques. Remarquer aussi, comme en beaucoup d'autres endroits, le sens des attitudes : Eudore, l'arc à demi-tendu, prêtant l'oreille.
CHATEAUBRIAND
de la Grèce, contre d'autres Barbares dont je n'avais reçu aucune injure1. L'amour de la patrie se ranimait au fond de mon cœur : l'Arcadie se montrait à moi dans tous ses charmes. Que de fois, durant les marches pénibles, sous les pluies et dans les fanges de la Batavie; que de fois, à l'abri des huttes des bergers où nous passions la nuit ; que de fois autour du feu que nous allumions pour nos veilles à la tête du camp2; que de fois, dis-je, avec de jeunes Grecs exilés comme moi, je me suis entretenu de notre cher pays! Nous racontions les jeux de notre enfance, les aventures de notre jeunesse, les histoires de nos familles. Un Athénien vantait les arts et la politesse d'Athènes, un Spartiate demandait la préférence pour Lacédémone3, un Macédonien mettait la phalange4 bien au-dessus de la légion et ne pouvait souffrir que l'on comparât César à Alexandre. « C'est à ma patrie que vous devez Homère », s'écriait un soldat de Smyrne5, et à l'instant même il chantait ou le dénombrement des vaisseaux ou le combat d'Ajax et d'Hector6 : ainsi les Athéniens, prisonniers à Syracuse, redisaient autrefois les vers d'Euripide pour se consoler de leur captivité7.
Mais lorsque, jetant les yeux autour de nous8, nous aper. cevions les horizons noirs et plats de la Germanie, ce ciel sans lumière qui semble vous écraser9 sous sa voûte abaissée, ce soleil impuissant qui ne peint les objets d'aucune
1 . Eudore es t Grec; il lutte pour les Barbares, c'est-à-dire pour les Romains grossiers qui ont asservi sa patrie, contre ces autres Barbares que sont les Germains. Depuis 146 av. J.-G., la Grèce était province romaine.