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Image homérique

6. Ces imparfaits marquent le style du récit épique : on relèvera aussi l'exagération des détails qui caractérisent la magnificence et l'horreur des exploits passés*

7. Epithète pittoresque, en parfait rapport avec le ton général de l'hymne. Ce sont des oiseaux de mer, des espèces de mouettes, qui mangent les cadavres.

8. Cette dernière phrase, par le détail qu'elle évoque, fait contraste avec ce qui précède et en même temps précise la volupté sauvage de ces vainqueurs qui se réjouissent de faire pleurer les femmes.

9. Le refrain est d'un grand efîèt. Par sa brièveté et sa rudesse, il accentue l'allure sauvage de l'hymne.

10. Le second couplet est une promesse de vaillance, en même temps qu'un salut aux ancêtres et un sourire aux descendants.

11. Carnage dans le sens concret de chairs mortes. Les Francs affirment ici, comme plus haut, la fraternité des guerriers et des oiseaux féroces.

12. Autre image sauvage. Tacite laisse entendre que les Germains éprouvaient un grand respect pour les femmes quand elles étaient vaillantes et hères.

CHATEAUBRIAND

est achevé, les heures de la vie s'écoulent, nous sourirons quand il faudra mourir1 ».

Ainsi chantaient quarante mille barbares2. Leurs cavaliers haussaient et baissaient leurs boucliers blancs en cadence, et à chaque refrain ils frappaient du fer d'un javelot leur poitrine couverte de fer3. (Livre VI.)

[Une terrible mêlée s'engage, suivie" d'un combat singulier de Vercingétorix, chef des Gaulois, et de Mérovée, fils du roi des Francs. Vercingétorix est vaincu et les Romains plient. La légion chrétienne descend d'une colline et rétablit le combat. Les Francs se retirent dans leur camp où le combat va recommencer au lever du jour :]

Attaque du camp des Francs.

La nuit vint couvrir de son obscurité ce théâtre des fureurs humaines4. Les Francs, vaincus mais toujours redoutables, se retirèrent dans l'enceinte de leurs chariots. Cette nuit, si nécessaire à notre repos, ne fut pour nous qu'une nuit d'alarmes : à chaque instant nous craignions d'être attaqués. Les barbares jetaient des cris qui ressemblaient aux hurlements des bêtes féroces5 : ils pleuraient les

1. Dans cette tin s'affirme, avec la philosophie rêveuse des Barbares, leur joie de mourir en combattant. Ils croyaient que les braves, tués à la guerre, entraient directement dans le Walhalla, leur Paradis.

Ils ont un autre chant, appelé bardit, par lequel ils excitent leur courage, et d'où ils augurent quel succès aura la bataille ; car ils tremblent ou font trembler, selon la manière dont l'armée a entonné le bardit. (Tacite, Mœurs des Germains, III.) Saxo G-rammaticus, l'historien de la Suède, Olaiis. .. nous ont conservé plusieurs fragments de ces chants des peuples du Nord, dont Oharlemagne avait fait faire un recueil. J'ai imité ici le chant de Lodbrog, en y ajoutant un refrain et quelques détails sur les armes, appropriés à mon sujet :

Nous avons combattu avec les épées, etc. La vierge a pleuré le carnage du matin, Une proie abondante fut donnée aux [bêtes sauvages.

Pour un homme brave, quoi de plus [assuré que la mort?

Les heures de la vie sont écoulées, Je mourrai en riant.

( Note de Chateaubriand ).

2. Augustin Thierry a raconté comment cette scène éveilla sa vocation historique. Il était en 1810 au collège quand il lut les Martyrs. Le bardit l'enthousiasma : il le déclama à haute voix au milieu de l'étude où il était resté, pendant que ses camarades étaient en promenade.

3. La répétition du mot fer marque le rythme et la répétition du même bruit cadencé.

4. Eudore, après s'être vaillamment battu, juge maintenant la bataille en philosophe et en chrétien.

5. Chateaubriand, pour justifier ces hurlements, s'appuie dans une note sur l'autorité de Plutarque, parlant des Ambrons

LES MARTYRS

braves qu'ils avaient perdus et se préparaient eux-mêmes à mourir. Nous n'osions ni quitter nos armes, ni allumer des feux. Les soldats romains frémissaient, se cherchaient dans les ténèbres; ils s'appelaient, ils se demandaient un peu de pain ou d'eau; ils pansaient leurs blessures avec leurs vêtements déchirés. Les sentinelles se répondaient en se renvoyant de l'une à l'autre le cri des veilles1.

Tous les chefs des Grétois avaient été tués. Le sang de Philopœmen paraissant à mes compagnons d'an favorable augure, ils m'avaient nommé leur commandant2. En attirant sur moi les efforts de l'ennemi, j'avais eu le bonheur de sauver la Légion de Fer d'une entière destruction3. La confirmation de mon grade, une couronne de chêne4 et les éloges de Constance avaient été le prix de ce hasard heureux. A la tête des troupes légères, je touchais presque au camp des barbares, et j'attendais avec impatience le retour de l'aurore; mais cette aurore nous découvrit un spectacle qui surpassait en horreur tout ce que nous avions vu jusque alors.

Les Francs, pendant la nuit, avaient coupé les têtes des cadavres romains et les avaient plantées sur des piques devant leur camp, le visage tourné vers nous5. Un énorme bûcher, composé de selles de chevaux et de boucliers brisés, s'élevait au milieu du camp. Le vieux Pharamond, roulant des yeux terribles et livrant au souffle du matin sa longue chevelure blanche, était assis au haut du bûcher6. Au bas paraissaient Glodion et Mérovée : ils tenaient à la main, en guise de torches, l'hast7 enflammé de deux piques

après la bataille d'Aix, où ils furent défaits par Marius.

1. * Rapprocher cette veillée nocturne, le soir de la bataille, de l'autre veillée qui précède le combat, p. 269.

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