Voir plus haut, Publication des Martyrs, p
7. Encore de la fausse modestie, mais si exagérée qu'on y devine, cette fois, l'ironie.
8. Toute cette tirade est excellente. Chateaubriand est un remarquable polémiste.
9. Il fait ses concessions sur un ton badin et allègre. Est-il sincère? Il semble que les critiques, qui refusaient à son œuvre le nom de poème, l'aient vivement troublé.
Fig. 16. — Deux scènes des « Martyrs ».
C'est le début 3t le dénouement. A gauche Cymodocée dans son milieu païen, auprès de son père Démodocus, le grand prêtre d'Homère, dont le buste est placé derrière lui. (Cf. p. 255.) A droite, Cymodocée, martyre du christianisme, au moment où elle aperçoit le tigre : « Elle se jette dans les bras d'Eudore... Les saintes martyres, Eulalie, Félicité, Perpétue, descendent pour chercher leur compagne. » (Cf. p. 294.)
poète1, pas même littérateur, comme on me fait l'honneur de me nommer ; je n'ai jamais dit que j'avais fait un poème, j'ai protesté et je proteste encore de mon respect pour les Muses. Rien ne m'enchante comme les vers. Et n'ai-je pas passé une grande partie de ma jeunesse2 à ranger deux à deux des milliers de rimes qui n'étaient guère plus mauvaises que celles de mes voisins3? Dans la suite, j'ai préféré un langage inférieur sans doute à la poésie, mais qui me permettait d'exprimer avec moins d'entraves l'enthousiasme que m'inspirent les sentiments des grands cœurs, les caractères élevés, les actions magnanimes, et le mépris souverain que j'ai voué aux bassesses de l'âme, aux petites intrigues de l'envie et à ces affectations effrontées de courage et de noblesse que dément à chaque pas une conduite servile4
1. Voilà l'épine cachée et la secrète blessure. Que n'aurait-il pas donné pour être poète en vers ?
2. « Jeune, je cultivais les Muses.» (René.) Cf. plus bas, ce qui est cité sous le titre général de Poésies.
3. Ses voisins, les pseudo-classiques. Il a raison ; mais cela ne signifie point que sa poésie valût grand'chose.
4. On sent l'orage dans toute cette fin. Il critique vigoureusement ceux qui, pour faire leur cour à Napoléon, attaquaient Chateaubriand, ennemi de Napoléon. Voici les dernières lignes de VExamen :
C'est ici mon dernier combat : il est temps de mettre un terme à ces vaines agitations* J'ai passé l'âge des chimères et je sais à quoi m'en tenir sur la plupart des choses de la vie.
Quelle que soit désormais la justice ou ViniuëtiQQ <& La, critique, je lui aban-
donne mes ouvrages : on pourra les ensevelir, les exhumer, les ensevelir de nouveau, je ne réclamerai plus. Je suis las de recevoir des insultes pour remercîments de mes plus pénibles travaux. Dans aucun temps, dans aucun pays, un homme qui aurait consacré huit années de sa vie à un long ouvrage; qui, pour le rendre moins imparfait, eût entrepris des voyages lointains, dissipé le fruit de ses premières études, quitté sa famille, exposé sa vie ; dans aucun temps, dis-je, dans aucun pays, cet homme n'eût été jugé avec une légèreté si déplorable.
Je n'ai jamais senti le besoin de la fortune qu'aujourd'hui. Avec quelle satisfaction je laisserais le champ de bataille a ceux qui s'y distinguent par tant de hauts faits, pour l'honneur des Muses et l'encouragement des talents 1 Non que je renonçasse aux lettres, seule consolation de la vie, mais personne ne serait plus appelé de mon vivant à me citer à son, tribunal pour un ouvrage nouveau*
(Ecrit en 1807, publié en 1826.)
[Ce petit roman (ou poème en prose2) n'a été publié qu'en 1826, niais Chateaubriand nous apprend qu'il fut écrit au moment des Martyrs. Du reste, il est le couronnement de Yltinèraire. Chateaubriand était revenu de Jérusalem par Grenade et l'Espagne, et il a imaginé un roman d'après ses impressions de voyage (puisque l'Espagne n'apparaît pas dans les Martyrs).']
AVERTISSEMENT
Les Aventures du dernier Abencérage sont écrites depuis à peu près une vingtaine d'années3 : le portrait que j'ai tracé des Espagnols explique assez pourquoi cette nouvelle n'a pu être imprimée sous le gouvernement impérial. La résistance des Espagnols à Buonaparte, d'un peuple désarmé à ce conquérant qui avait vaincu les meilleurs soldats de l'Europe, excitait alors l'enthousiasme de tous les cœurs susceptibles d'être touchés par les grands dévouements et les nobles sacrifices. Les ruines de Saragosse fumaient encore, et la censure n'aurait pas permis des éloges où elle eût découvert, avec raison, un intérêt caché pour les victimes. La peinture des vieilles mœurs de l'Europe, les souvenirs de la gloire d'un autre temps et ceux de la cour d'un de nos plus brillants monarques, n'auraient pas été plus agréables à la censure, qui d'ailleurs commençait à se repentir de m'avoir tant de fois laissé parler de l'ancienne monarchie et de la religion de nos pères ! Ces morts que j'évoquais sans cesse faisaient trop penser aux vivants.
On place souvent dans les tableaux quelque personnage difforme pour faire ressortir la beauté des autres4 : dans