‹ Morceaux choisisChapitre 296 sur 530 · Louis XVIII, déjà affaibli · texte numérisé non relu

Louis XVIII, déjà affaibli

par l'âge, était en outre presque impotent.

4. Toute cette phrase est remplie de détails réalistes qui montrent que Chateaubriand savait voir et observer.

* Etudier, dans cette page, le réalisme de l'auteur.

CHATEAUBRIAND

une pareille épreuve et n'ont souffert un tel supplice. Si dans ce moment ils eussent été appelés à la vengeance, il aurait fallu les exterminer jusqu'au dernier, ou ils auraient mangé la terre1. «

Au bout de la ligne était un jeune hussard, à cheval ; il tenait un sabre nu, il le faisait sauter et comme danser par un mouvement convulsif de colère. 11 était pâle; ses yeux pivotaient dans leur orbite ; il ouvrait, la bouche et la fermait tour à tour en faisant claquer ses dents et en étouffant des cris dont on n'entendait que le premier son. Il aperçut un officier russe : le regard qu'il lui lança ne peut se dire. Quand la voiture du roi passa devant lui, il fit bondir son cheval, et certainement il eut la tentation de se précipiter sur le roi2. (Mémoires d'Outre-Tombe, III, 440.)

[Chateaubriand, pendant cette première Restauration, commence à'se, montrer mécontent de la royauté qui lui semble commettre des maladresses. Il publie, en 1814, les Réflexions politiques qu'on trouvera plus bas, p. 334. Mais voici le retour de l'ile d'Elbe et les Cent-Jours, Chateaubriand accompagne le roi à Gand. Il rentre en France après Waterloo. Nommé pair de France, il recommence à grogner contre la monarchie, en publiant, en 1816, sa Monarchie selon la Charte, qu'on trouvera plus bas, p. 341. Il est d'avis que la royauté favorise trop les régicides et il tiraille contre elle dans divers articles de son journal Le Conservateur (voir plus bas, p. 344). L'assassinat du duc de Berry (1820) fait tomber Decazes du pouvoir et amène une violente réaction. Chateaubriand contribue à la formation du ministère et reçoit l'ambassade de Berlin où il passe quelques mois de l'année 1821. Voici quelques impressions sur la ville et la société : ]

Je suis nommé ambassadeur à Berlin.

La société à Berlin me convenait par ses habitudes : entre cinq et six heures on allait en soirée ; tout était lini à neuf, et je me couchais tout juste comme si je n'eusse pas été ambassadeur. Le sommeil dévore l'existence, c'est ce qu'il y a de bon : « Les heures sont longues et la vie est courte, » dit Fénelon. M. Guillaume de Humboldt3, frère de mon illustre ami Alexandre4, était à Berlin : je l'avais connu

1. Cette exagération finale s'accorde assez avec le ton violent du reste du récit.

2. Tableau d'un pittoresque achevé et d'un très grand relief.

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