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Encore une pensée très judicieuse, traduite dans un style

MÉLANGES POLITIQUES ET POLÉMIQUE 343

[La seconde partie est historique. Chateaubriand y tait l'historique des trois ministères qui se succédèrent depuis la Restauration ; il fait ressortir leurs erreurs, ou plutôt leur seule et unique erreur qui fut de gouverner contre la majorité et de soutenir les principes révolutionnaires. 11 prouve que les royalistes sont la majorité en France, démasque la conspiration d'une certaine faction contre la monarchie légitime, critique la politique de ce qu'il nomme les « intérêts révolutionnaires » et expose le système d'administration qu'il convient d'employer :]

Il faut conserver l'ouvrage politique, résultat de la Révolution, consacré par la Charte, niais extirper la révolution de son propre ouvrage, au lieu de Vf renfermer *, comme on l'a fait jusqu'à ce jour.

Il faut, autant que possible, mêler les intérêts et les souvenirs de l'ancienne France dans la nouvelle, au lieu de les en séparer ou de les immoler aux intérêts révolutionnaires 2.

IL faut bâtir le gouvernement représentatif sur la religion, au lieu de laisser celle-ci comme une colonne isolée au milieu de l'Etat.

Ainsi je veux toute là Charte, toutes les libertés, toutes les institutions amenées par le temps, le changement des mœurs et le progrès des lumières 3, mais avec tout ce qui n'a pas péri de l'ancienne monarchie, avec la religion, avec les principes éternels de la justice et de la morale, et surtout sans les hommes trop connus qui ont causé nos malheurs4.

Quelle singulière chose de prétendre donner à un peuple des institutions généreuses, nobles, patriotiques, indépendantes et d'imaginer qu'on ne peut établir ces institutions qu'en les confiant à des mains qui n'ont été ni généreuses, ni nobles, ni patriotiques, ni indépendantes5! de croire

ferme et vigoureux. Remarquer ce mot de majorité qui revient, comme à la fin du paragraphe précédent, en manière de refrain.

t. Chateaubriand pose très nettement les questions et ses formules sont précises, parfois même sèches et cinglantes :

c'est de l'excellent style de journaliste ou d'orateur politique.

2. Chateaubriand trouvait que le ministère poursuivait une politique trop avancée, au lieu de se soumettre aux volontés de la Chambre.

3. Lumières, terme de la philosophie politique du 18e siècle :

Chateaubriand s'en est déjà ser-

vi dans les Réflexions politiques.

Cf. p. 337, n. 4.

4. Ceci éclaire la tactique de Chateaubriand depuis le commencement de la Restauration.

11 trouvait singulier que le nouveau gouvernement acceptât le concours d'anciens révolutionnaires et même de régicides.

Voir le début — cité plus haut — des Réflexions politiques, p. 334.

5. La reprise des adjectifs, formant antithèse, est d'un bel etïet oratoire. Chateaubriand n'abuse pas du procédé : il s'en sert très habilement, et il est certain qu'il donne ici une très ferme impression de logique et

qu'on peut former un présent sans un passé, planter un arbre sans racine, une société sans religion! C'est faire le procès à tous les peuples libres, c'est renier le consentement unanime des nations, c'est mépriser l'opinion des plus beaux génies de l'antiquité et des temps modernes.

Mon projet a du moins l'avantage d'être conforme aux règles du sens commun et d'accord avec l'expérience des siècles. L'exécution en est facile ; il vaut la peine d'être essayé. Qu'avons-nous gagné à suivre l'ornière où nous nous traînons depuis trois ans? Tâchons d'en sortir. Nous avons déjà brisé le char une fois1; si nous nous obstinons de nouveau, nous n'arriverons pas au terme du voyage. (Deuxième partie, chap. XLIX.)

[L'ouvrage fut suivi d'un post-scriptum assez vif, où Chateaubriand attaquait l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui prononçait la dissolution de la Chambre de 181$, dite Chambre introuvable ; il ne ménageait pas le duc de Richelieu, ni Decazes, le favori de Louis XVIII. La police saisit les paquets qu'on ne lui rendit qu'après ordonnance du chancelier; il fut rayé de la liste des ministres d'Etat2. De 1816 à 1820, il fut de l'opposition, attaqua le ministère par ses discours à la Chambre des pairs et par des articles insérés au Conservateur qu'il fonda en 1818 avec Bonald et Lamennais.]

Les articles du «Conservateur» (1818) 3.

[Voici un exemple de ces articles. Il concerne la morale des intérêts et celle des devoirs. Il convient de le citer parce que l'auteur a dit qu'il

de passion. Tout le paragraphe, d'ailleurs, est pressant, ému, ardent.

Remarquer le plaidoyer en faveur de la religion.

1. Il emploie volontiers les images familières. La métaphore du char continue celle de l'ornière.

2. Il fut obligé, pour se faire un peu d'argent, de vendre sa bibliothèque et sa Vallée-aux- Loups (cf. p. 247).

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