C'est même pis que René, c'est du René exaspère
8. Encore une ironie envers ses fils, les René du romantisme.
Il y en a bien d'autres dans son œuvre. Cf. surtout plus loin V Essai sur la littérature anglaise.
CliÀÏËAUBrilÀND
Analysé et Extraits.
PRÉFACE
J'ai déjà dit qu'il existait deux manuscrits des Natchez : l'un divisé en livres, et qui ne va guère qu'à la moitié de l'ouvrage ; l'autre qui contient le tout sans division, et avec tout le désordre de la matière. De là une singularité littéraire dans l'ouvrage tel que je le donne au public : le premier volume s'élève à la dignité de l'épopée, comme dans les Martyrs ; le second volume descend à la narration ordinaire, comme dans Atala et dans René1.
Pour arriver à l'unité du style, il eût fallu effacer du premier volume la couleur épique ou l'étendre sur le second2 : or, dans l'un ou l'autre cas, je n'aurais plus reproduit avec iidélité le traVail de ma jeunesse3.
Ainsi donc, dans le premier volume des Natchez on trouvera le merveilleux*, et le merveilleux de toutes les espèces : le merveilleux chrétien, le merveilleux mythologique, le merveilleux indien ; on rencontrera des muses, des anges, des démons, des génies, des combats, des personnages allégoriques : la Renommée, le Temps, la Nuit, la Mort, l'Amitié5. Ce volume offre des invocations, des sacrifices, des prodiges, des comparaisons multipliées, les unes courtes, les autres longues, à la façon d'Homère6, et formant de petits tableaux.
Dans le second volume, le merveilleux disparaît, mais l'intrigue se complique et les personnages se multiplient : quelques-uns d'entre eux sont pris jusque dans les rangs inférieurs de la société. Enfin, le roman remplace le poème, sans néanmoins descendre au-dessous du style de René et
4. Il y a donc deux parties dans l'ouvrage. La première est une épopée en 12 livres ; la seconde n^est plus qu'un simple récit pour lequel l'auteur, renonçant à la forme épique, adopte celle de la narration. (Dans nos Extraits, la lr0 partie va jusqu'à la page 371.)
2. Chateaubriand est toujours fort préoccupé du genre littéraire dans lequel on placera ses œuvres. Voir toute la polémi-
que à propos des Martyrs (pp. 249 sq.).