‹ Morceaux choisisChapitre 347 sur 530 · Le Palais de Justice · texte numérisé non relu

Le Palais de Justice

5. Chactas avait, auparavant, été introduit dans une société de vieux savants d'où il était sorti un peu ahuri :

Un des vieillards, se tournant vers moi, dit gravement : Cet homme est rouge, non par nature, car il a la peau blanche comme l'Européen. Un autre soutint que la nature m'avait donné une peau rouge ; un troisième fut d'avis de m' adresser des questions ; mais un quatrième s'y opposa, disant que d'après la conformation extérieure de ma tête il était impossible que je comprisse ce qu'on me demanderait.

LES NATCHEZ

les tourments un crime dont il n'y a d'autres preuves que l'aveu arraché à ses douleurs1 ».

Je conjurai mon conducteur de me remener à la hutte d'Ononthio2, puisqu'on s'amusait partout de ma simplicité.

Nous retournions en effet chez mon hôte, lorsqu'en passant devant la cabane des prières3, nous vîmes la foule rassemblée aux portes : mon guide m'apprit qu'il y avait dans cette cabane une fête de la Mort. Je me sentis un violent désir d'entrer dans ce lieu saint : nous y pénétrâmes par une ouverture secrète. On se taisait alors pour écouter un génie4 dont le souffle animait des trompettes d'airain : ce génie cessa bientôt de murmurer. Les colonnes de l'édifice, enveloppées d'étoffes noires, auraient versé à leurs pieds une obscurité impénétrable si l'éclat de mille torches n'eût dissipé cette obscurité. Au milieu du sanctuaire, que bordaient des chefs de la prière, s'élevait le simulacre d'un cercueil5. L'autel et les statues des hommes protecteurs de la patrie se cachaient pareillement sous les crêpes funèbres. Ce que le grand village et la cabane du soleil 6 contenaient de plus puissant et de plus beau était rangé en silence dans les bancs de la nef7.

Tous les regards étaient attachés sur un orateur vêtu de blanc au milieu de ce deuil, et qui, debout, dans une galerie suspendue8, les yeux fermés, les mains croisées sur sa poitrine, s'apprêtait à commencer un discours9 : il semblait perdu dans les profondeurs du ciel. Tout à coup ses yeux s'ouvrent, ses mains s'étendent, sa voix, interprète de la mort, remplit les voûtes du temple, comme la voix même

1. Tous les Français qu'interroge Chactas lui répondent avec une ironie un peu compliquée pour un sauvage. Chactas a déjà bien d'autres raisons d'être étonné.

* Etudier le ton et les procédés de cette ironie (se reporter au discours d'Honfroy, cité plus haut : Chactas aux galères).

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