Virgile. Enéide, livre IX
Les Rutules étaient un peuple de l'Italie contre lequel Enée dut combattre.
5. Allusion à l'apostrophe de Virgile aux deux amis a qui il promet l'immortalité a si mes vers, dit-il, ont quelque pouvoir ».
372 CHATEAUBRIAND
[Céluta va chercher du secours. On ramène les deux malheureux à la tribu des Natchez. René, guéri de ses blessures, épouse Céluta. Il invite ses amis à fêter la moisson dans son petit domaine : ]
La fête de la moisson1.
En un instant les nacelles2 furent cachées dans la hauteur et l'épaisseur des épis. Les voix qui sortaient du labyrinthe mobile ajoutaient à la magie de la scène. Des cordes de bouleau furent distribuées aux moissonneurs ; avec ces cordes ils saisissaient les tiges de la folle avoine, qu'ils liaient en gerbes; puis, inclinant cette gerbe sur le bord de la pirogue, ils la frappaient avec un fléau léger ; le grain mûr tombait dans le fond du canot. Le bruit des fléaux qui battaient les gerbes, le murmure de l'eau, les rires et les joyeux propos des sauvages, animaient cette scène, moitié marine, moitié rustique.
Le champ était moissonné : la lune se leva pour éclairer le retour de la flotte; sa lumière descendait sur la rivière, entre les saules à peine frémissants3. De jeunes Indiens et de jeunes Indiennes suivaient les canots à la nage, comme des sirènes ou des tritons4, l'air s'embaumait de l'odeur de la moisson nouvelle mêlée aux émanations des arbres et des fleurs. La pirogue du grand-chef 5 était à la tête de la flotte, et un prêtre, debout à la poupe de cette pirogue, redisait le chant consacré à l'astre des voyageurs :
« Salut, épouse du Soleil! tu n'as pas toujours été heureuse! Lorsque, contrainte par Athaensic6 de quitter le lit
1. C'est la moisson de la folle avoine. « Ce blé, que la Providence a semé en Amérique pour le besoin des sauvages, prend racine dans les eaux ; son grain est de la nature du riz. » {Chateaubriand.) — Chateaubriand, dans le Voyage en Amérique (article Moissons, Fêtes) a décrit plusieurs travaux des champs et plusieurs fêtes pastorales chez les Indiens (par exemple, les semailles, la fête du blé vert, la fête du feu nouveau, la moisson du maïs, la récolte du sucre d'érable).
2. Les amis de René sont partis en nacelles pour arriver au lieu de la moisson; ils se sont
frayé un passage à travers un véritable labyrinthe de feuilles et de fleurs.
3. Description d'un clair de lune, suivie d'un hymne à la lune, ce qui n'étonne pas dans une œuvre de Chateaubriand (voir dans les autres œuvres plusieurs descriptions de ce genre, par ex. pp. 76, 101, 156, 255).
4. Souvenir mythologique assez disparate dans ce tableau indien. Les sirènes et les tritons} divinités marines, escortaient le char du dieu de la mer.