Plantes qui croissent dans les rochers
3. C'est bien la définition de Chateaubriand et de son instinct migrateur.
4. 11 semble que Chateaubriand % se voie aux premiers âges du monde, seul et libre comme le premier homme. Remarquer aussi cet hommage de la nature à l'homme, son souverain.
5. Ce n'est pas seulement l'idée du passage qui nous ramène à Rousseau; le ton, les apostro-
phes, le tour oratoire sont bien aussi dans la manière de l'auteur du Discours sur l'Inégalité ou des Lettres à M. de Maiesherbes.
6. Voilà un des hymnes à la liberté les plus ardents et les plus orgueilleux qui aient jamais été chantés.
7. * Etudier l'art de cette phrase, remarquable par son élan oratoire et sa plénitude. Si les phrases précédentes l'ont songer à Rousseau, celle-ci, par l'idée et la forme, est tout à fait dans la grande manière de Bossuet.
LE VOYAGE EN AMÉRIQUE
[C'est cette ivresse de la liberté qui fait la souveraine beauté de ces lignes, de cette espèce de « prologue». Viennent ensuite les impressions du voyageur, notées de distance en distance, et dont voici quelques exemples.]
Trois heures. — Qui dira le sentiment qu'on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde et qui seules donnent une idée de la création telle qu'elle sortit des mains de Dieu ? Le jour, tombant d'en haut à travers un voile de feuillage, répand dans la profondeur du bois une demi-lumière changeante et mobile, qui donne aux objets une grandeur fantastique. Partout il faut franchir des arbres abattus, sur lesquels s'élèvent d'autres générations d'arbres. Je cherche en vain une issue dans ces solitudes : trompé pa~r un jour plus vif, j'avance à travers les herbes, les orties, les mousses, les lianes et l'épais humus composé des débris des végétaux ; mais je n'arrive qu'à une clairière formée par quelques pins tombés. Bientôt la forêt redevient plus sombre; l'œil n'aperçoit que des troncs de chênes et de noyers qui se succèdent les uns les autres1 et qui semblent se serrer en s'éloignant : l'idée de i'infini se présente à moi2.
Six heures. — J'avais entrevu de nouveau une clarté, et j'avais marché vers elle. Me voilà au point de lumière : triste champ, plus mélancolique que les forêts qui l'environnent ! Ce champ est un ancien cimetière indien. Que je me repose un instant dans cette double solitude de la mort et de la nature: est-il un. asile où j'aimasse mieux dormir pour toujours3 ?
Sept heures. — Ne pouvant sortir de ces bois, nous y avons campé. La réverbération de notre bûcher s'étend au loin : éclairé en dessous par la lueur scarlatine4, le feuillage paraît