Nous dirions plus correctement : les uns aux autres
2. La majesté des grandes forêts, ce que Lamartine appelait la sombre horreur des bois, a souvent inspiré au 19e siècle les poètes et les romanciers, surtout lorsqu'il s'agit des pays où la végétation est plus vigoureuse que dans nos climats :
Voyez Leconte de Lisle et Loti.
3. Il est hanté par l'idée de la mort. C'est d'abord qu'il était arrivé en Amérique avec des idées mélancoliques et pessimistes ; et c'est ensuite parce
que ces grandes solitudes muettes de l'Amérique lui donnent l'impression d'un cimetière.
4. Mot spécial pour désigner une teinte particulière de rouge.
C'est surtout Bernardin deSaint- Pierre qui a trouvé des mots précis pour rendre les diverses nuances du rouge. (Voir plusieurs de ses descriptions des nuages au soleil couchant et en
Earticulier le passage cité plus as en note du fragment de VEsjai sur les révolutions intitulé Nuit chez les sauvages d'Amérique, p. 76.)
CHATEAUBRIAND
ensanglanté ; les troncs des arbres les plus proches s'élèvent comme des colonnes de granit rouge, mais les plus distants, atteints à peine de la lumière, ressemblent, dans l'enfoncement du bois, à de pâles fantômes rangés en cercle au bord d'une nuit profonde1.
Minuit. — Le feu commence à s'éteindre, le cercle de sa lumière se rétrécit. J'écoute : un calme formidable pèse sur ces forêts; on dirait que des silences succèdent à des silences2. Je cherche vainement à entendre dans un tombeau universel quelque bruit qui décèle la vie. D'où vient ce soupir ? D'un de mes compagnons : il se plaint, bien qu'il sommeille. Tu vis, donc tu souffres : voilà l'homme3.
Minuit et demi. — Le repos continue; mais l'arbre décrépit se rompt, il tombe. Les forêts mugissent ; mille voix s'élèvent. Bientôt les bruits s'affaiblissent ; ils meurent dans des lointains presque imaginaires ; le silence envahit de nouveau le désert4.
Une heure du matin. — Voici le vent ; il court sur la cime des arbres, il les secoue en passant sur ma tête. Maintenant c'est comme le flot de la mer qui se brise tristement sur le rivage.
Les bruits ont réveillé les bruits. La forêt est toute harmonie. Est-ce les sons graves de l'orgue que j'entends, tandis que des sons plus légers errent dans les voûtes de verdure? Un court silence succède : la musique aérienne recommence; partout de douces plaintes, des murmures qui renferment en eux-mêmes d'autres murmures ; chaque feuille parle un différent langage,, chaque brin d'herbe rend une note particulière5.