Joli détail et bien touchant
Il faut que Géluta soit absorbée dans la douleur pour ne pas entendre la plainte de sa fille. Toute
; cette scène d'intérieur, malgré
quelques taches, est émouvante.
3. Ces larmes rachètent la dureté de la lettre à Géluta (voir plus haut, p. 384), Nous n'avons plus ici le René égoïste du reste du poème. Il se fait en lui comme une conversion, malheureusement bien tardive.
4. Céluta est jusqu'au bout l'épouse passionnée et le type d'une admirable tendresse.
LES NATCHEZ
« Ma Céluta, dit René, il n'y a personne ; qui te peut troubler1 ainsi? »
» Céluta, frappant la terre de ses pieds : « Fuis, fuis ! tu es mort ! Non, viens ; cache-toi sous les peaux de ma couche ; prends des vêtements de femme. » L'épouse désolée2, arrachant ses voiles, en veut couvrir son époux : « Céluta, disait celui-ci, reprends ta raison; aucun péril ne me menace. — Aucun péril ! dit Céluta l'interrompant. N'est-ce pas moi qui te tue? N'est-ce pas moi qui hâte ta mort? N'est-ce pas moi qui en ai fixé le jour en dérobant les roseaux3 ?. . . Un secret. . . O ma patrie ! — Un secret? repartit René. — Je ne te l'ai pas dit, s'écrie Céluta4. Oh! ne perds pas ce seul moment laissé à ton existence ! Fuyons tous deux! viens te précipiter avec moi dans le fleuve! »
Céluta est aux genoux de René ; elle baise la poussière de ses pieds, elle le conjure par sa fille de s'éloigner seulement de quelques heures. « Au lever du soleil, dit-elle, tu seras sauvé; Outougamiz viendra; tu sauras tout ce que je ne puis te dire dans ce moment ! — Eh bien, dit René, si cela peut guérir ton mal, je m'éloigne; tu m'expliqueras plus tard ce mystère5, qui n'est sans doute que celui de ta raison troublée par une fièvre ardente. »
Céluta, ravie, s'élance au berceau de sa fille, présente Amélie aux baisers de son père et avec ce même berceau pousse René vers la porte. René va sortir : un bruit d'armes