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Toujours la même image de la mort

2. Chateaubriand est un grand peintre des silences, surtout des silences de la nuit. Voir pp. 59 et 100, une impression de nuit en Amérique (racontée dans VJSssai sur les révolutions sous le titre Nuit chez les sauvages d'Amérique et dans le Génie du Christianisme sous le titre Deux perspectives de la Nature.)

3. Chateaubriand, dans les années qui précèdent sa conversion, amène souvent comme refrain l'idée de l'universelle misère. (Voir YEssai sur les révolutions.)

4. Un des procédés descriptifs de l'auteur consiste à évoquer des bruits qui s'apaisent, de manière à rendre ensuite le silence plus profond.

5. * Comparer, dans Bernardin de Saint-Pierre, le morceau célèbre : Les Forêts agitées par les vents. Voici le passage le plus important :

Ces grands corps insensibles font entendre des bruits profonds et mélancoliques. Ce ne sont point des accents distincts, ce sont des murmures confus comme ceux d'un peuple qui célèbre au loin une fête par des acclamations.

Il n'y a point de voix dominante, mais des sons monotones, parmi lesquels se

LE VOYAGE EN AMÉRIQUE

Une voix extraordinaire retentit : c'est celle de cette grenouille qui imite les mugissements du taureau. De toutes les parties de la forêt les chauves-souris accrochées aux feuilles élèvent leurs chants monotones ; on croit ouïr des glas continus ou le tintement funèbre d'une cloche. Tout nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie1.

[La méditation finie, Chateaubriand décrit les monuments de l'Ohio, les bastions, les fortifications, les tombeaux, puis le cours du fleuve Ohio, les terrains qu'il traverse, la région du Kentucky. Il ajoute que son manuscrit contenait ensuite la description du pays des Natchez et celle du cours du Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, mais qu'il a complètement transporté ces descriptions dans Atala et dans les Natche%. Le voilà donc — il le dit du moins — arrivé en Floride.]

Description de quelques sites dans l'intérieur des Florides.

Un spectacle inattendu frappa nos regards : nous découvrîmes une ruine indienne : elle était située sur un monticule au bord du lac ; on remarquait sur la gauche un cône de terre de quarante à quarante-cinq pieds de haut ; de ce cône partait un ancien chemin tracé à travers un magnifique bocage de magnolias2 et de chênes verts, et qui venait aboutir à une savane. Des fragments de vases et d'ustensiles divers étaient dispersés çà et là, agglomérés avec des fossiles, des coquillages, des pétrifications de plantes et des ossements d'animaux.

Le contraste de ces ruines et de la jeunesse de la nature3, ces monuments des hommes dans un désert ou nous croyions avoir pénétré les premiers, causaient un grand saisissement

font entendre des bruits sourds et profonds qui nous jettent dans une tristesse pleine de douleur. O'est un fond de concert, qui fait ressortir les chants éclatants des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de couleur sur lequel se détache l'éclat des fleurs et des fruits. (Harmonies de la Nature. Livre II.)

t. Cette préoccupation de la mort (et, au moins en un endroit, l'aspiration à la mort) revient plusieurs fois dans cette description. Chateaubriand ne la

sépare point du sentiment de l'infini éveillé en lui par les grandes solitudes de la nature.

* Etudier, dans ce passage, les procédés de couleur et de rythme par lesquels il donne la sensation de l'infini.

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